Sommeil et médecine générale
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Parasomnies

"Il ne faudrait jamais regarder quelqu’un qui dort.
C’est comme si on ouvrait une lettre qui ne vous est pas adressée".
(Sacha Guitry, 1885-1957)


Les parasomnies sont des phénomènes anormaux observés au cours du sommeil et qui traduisent un état de conscience intermédiaire entre le sommeil et de l’éveil.


On en distingue globalement deux sortes, selon qu’elles surviennent durant le Sommeil Lent ou durant le Sommeil Paradoxal.

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Répartition des parasomnies au cours de la nuit en fonction de l’architecture du sommeil

Rappel : Les troubles du sommeil sont classés en deux grands groupes : les parasomnies et les dyssomnies (ces dernières concernent les troubles du sommeil qui entrainent une plainte de somnolence excessive, ou d’insomnie).


Comme le laissait supposer leur occurrence familiale, ces phénomènes reposent en grande partie sur des particularités d’origine génétique. Toutefois, cette prédisposition à présenter ou non des parasomnies est sous l’influence de tous les éléments extérieurs capables d’influencer la profondeur et l’architecture du sommeil :

La nature et la fréquence de survenue des parasomnies dépend donc d’une interaction permanente entre le terrain et le milieu.

Leur prise en charge peut associer utilement des mesures d’hygiène du sommeil, des thérapies cognitivo-comportementales et parfois l’apprentissage de techniques de relaxation. De très rares cas particuliers nécessitent l’utilisation de médicaments.

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Hypnogramme normal

Voir l’article "Architecture du sommeil".

  • Parasomnies du sommeil lent profond :
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    Somnambulisme ;
    Bruxisme ;
    Somniloquie ;
    Terreurs Nocturnes ;
    Énurésie ;
    Syndrome d’Élpénor ;
    Syndrome de Kleine-Levin ;

    • SOMNAMBULISME

      Ce trouble survient pendant le sommeil lent profond.
      Dans les cas les plus spectaculaires, la personne se lève et marche. Plus fréquemment, elle s’assoit dans le lit ou effectue des mouvements comme en état d’éveil.
      Les sujets somnambules ne se souviennent généralement pas de l’épisode après s’être calmement rendormis.

      Nb. Il ne faut pas confondre ces gestes avec ceux, souvent plus incohérents et stéréotypés, que l’on observe au cours de phénomènes de nature épileptique. Les enregistrements (PSG) avec vidéo sont utiles au diagnostic.

      Certains chercheurs proposent de classer le somnambulisme dans la même catégorie que d’autres parasomnies* telles que les terreurs ou les réveils confusionnels.


      « ON NE RÉVEILLE PAS UN SOMNAMBULE. »
      Comme les terreurs nocturnes ou les éveils confusionnels, le somnambulisme fait partie des parasomnies, qui peuvent se concevoir comme une incapacité à sortir normalement et complètement du sommeil.
      Il est donc difficile de réveiller le sujet et celui-ci risque de présenter des signes de confusion et de peur irraisonnée.
      "Le seul risque que vous prendriez en réveillant un somnambule, c’est celui de ne pas y parvenir ou de ne pas arriver à lui expliquer ce qu’il fait là en dehors de son lit et, s’il a mauvais caractère, il risque en plus de se fâcher".

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      Somnambulisme accidentogène

      Comme dans toutes les parasomnies en sommeil lent, en général, le dormeur est docile, se laisse ramener vers son lit et s’y recouche paisiblement.

      Le somnambulisme est, comme la plupart les autres parasomnies, un trouble associé à une mutation d’un gène très proche des zones impliquées dans le système immunitaire.
      Selon le Dr Mehdi Tafti, dans la revue Molecular Psychiatry, janvier 2003
      « Il s’agit du même gène que pour la narcolepsie, mais d’un autre allèle. Les personnes porteuses de cet allèle ont 3,5 fois plus de risques d’être somnambules que les autres.
      On connaît pour l’instant une quarantaine d’allèles différents de ce même gène. Tous ne sont pas nocifs, mais de nombreuses maladies différentes (autoimmunes) leur sont malgré tout associées ».

      Toutefois, des chercheurs canadiens du Centre du sommeil de l’université de Montréal viennent de montrer que le manque de sommeil était un facteur favorisant les crises de somnambulisme.On peut induire ce trouble en laboratoire pour mieux l’étudier, en faisant passer une nuit blanche à des volontaires. (Annals of Neurology du 19 mars 2008).


    • BRUXISME

      Le bruxisme est une parasomnie du sommeil lent sans gravité où le sujet présente des contractions répétées des maxillaires produisant un bruit de grincement qui peut être assez désagréable pour l’entourage.
      Il existe des gouttières endobuccales pour les rares cas les plus sévères qui provoquent une usure anormale des dents.
      Comme toutes les parasomnies, le bruxisme peut être concomitant de périodes de stress.


    • SOMNILOQUIE

      C’est une forme de "somnambulisme vocal" probablement en rapport avec des phénomènes oniriques (des rêves) en sommeil lent.
      La personne prononce quelques mots (une exclamation, une question ...) comme si elle discutaient avec une personne imaginaire
      Si l’on réveille le dormeur, il ne rapporte que des souvenirs très vagues (contrairement aux "vrais" rêves qui surviennent en sommeil paradoxal).
      Lire l’article consacré au "Rêves"
      Ces événements sont plus fréquents dans certaines familles.
      Ils n’ont, en règle générale, aucun caractère pathologique.
      Ils peuvent parfois donner lieu à des "sexsomnies" à type de malentendu conjugal de part le contenu des propos tenus au cours du sommeil.
      (Cf. "Sexsomnies").

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      Catathrénie ... (mp3, 46’, 1,1 Mo)


      Nb. Il ne faut pas confondre les somniloquies avec les catathrénies, qui sont des vocalisations expiratoires inarticulées. Elles se distinguent des somniloquies parce qu’elles n’évoquent aucun contenu en rapport avec la réalité.
      Elles semblent survenir préférentiellement durant le sommeil paradoxal (Cf plus bas).


    • TERREURS NOCTURNES.

      Elles traduisent un phénomène d’éveil dissocié en sommeil lent, une forme frontière entre le somnambulisme et la somniloquie très commune entre 3 et 6 ans (plutôt chez le garçon, à l’instar du somnambulisme)
      Elles suscitent beaucoup d’interrogations et d’inquiétudes chez les parents mais sont totalement bénignes et ne laissent aucun souvenir au dormeur.
      Le petit réveille ses parents par des cris de terreur déchirants mais ne donne aucune explication (lorsqu’on arrive à le réveiller totalement, ce qui est inutile) et se rendort sans problème après quelques instants.
      Si elles se répètent, on conseille des mesures pour diminuer la pression de sommeil lent, comme d’insister sur la sieste, par exemple.


    • ÉNURÉSIE

      L’énurésie est une pathologie du Sommeil Lent quasiment spécifique à l’enfance où le sommeil est parfois trop profond pour autoriser le réveil.

      Alors que la plupart des autres enfants se réveillent, l’enfant énurésique ne parvient pas à se réveiller la nuit pour aller vider sa vessie.

      L’origine génétique du trouble, observée par la fréquence des cas familiaux, est confirmée par les récentes avancées sur l’exploration du génome humain et son rôle dans la typologie individuelle du sommeil.
      Les cas d’énurésie chez l’adulte sont exceptionnels du fait de l’allègement du sommeil observé à partir de la période post-pubertaire.
      Chaque année, environ 10% des enfants énurésiques guérissent, ainsi, spontanément entre 5 et 16 ans .
      "Le temps est le meilleurs des docteurs" dit le proverbe Chinois : "il guérit huit malades sur dix".
      Nb. Il est donc très difficile de savoir la part de ce qui est efficace parmi les innombrables techniques "anti-pipi au lit".
      En clair, n’importe quelle "patamédecine" guérit très bien huit malades sur dix et on ne voit pas comment les "gagnants" peuvent douter de l’efficacité de ce qu’ils ont fait. Ce biais conduit ainsi à encourager les croyances de toutes sortes autour du "traitement magique" de l’énurésie.
      Les approches trop psychologiques ne sont guère plus validées que les techniques comportementales (agenda, pipi stop ...).

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      Un sommeil trop profond


      L’essentiel de la thérapeutique actuelle de l’énurésie consiste à déculpabiliser le malade pour limiter les conséquences psychologiques du trouble.
      Certains médicaments sont partiellement efficaces pour limiter le remplissage de la vessie au cours du sommeil. Ils peuvent aider l’enfant à résoudre certaines difficultés mais le temps reste meilleur des traitements".
      Un enfant sur 10 verra son trouble disparaître spontanément chaque année.
      Aucune thérapie "miracle" (ostéo, homéo, phyto, gogo ...) n’a jamais fait la preuve d’une efficacité supérieure à l’évolution naturelle du trouble.


    • SYNDROME D’ELPÉNOR

      Le syndrome d’Elpénor est aussi appelé "somnambulisme délictueux" ou éveil confusionnel.
      C’est une parasomnie caractérisée par un état de demi-éveil, favorisé par l’interruption brutale d’une phase de sommeil lent très profond.
      Le dormeur est assez réveillé pour effectuer des tâches élaborées comme la conduite ou le combat) mais la confusion affecte son jugement moral et l’amène à avoir des comportements préjudiciables pour lui ou pour autrui.
      Le concept de Sd. d’Elpénor répond donc essentiellement à une définition juridique.S’il n’y a pas de préjudice, on parle simplement de somnambulisme.
      L’abus d’alcool, cumulé avec la privation de sommeil est à l’origine de tels épisodes d’éveils confusionnels particulièrement accidentogènes.

      NB. Ces états sont à rapprocher des "comportements somnambuliques complexes" d’origine essentiellement médicamenteuse qui surviennent parfois sous l’effet des "nouveaux somnifères" ou des médicaments "dopaminergiques". Voir la fiche de Pharmacovigilance 2007 (chap IV).


    • SYNDROME DE KLEINE-LEVIN

      Cette affection, très rare mais relativement handicapante, touche principalement les adolescents et les hommes jeunes.
      Elle est emblématique des parasomnies sexuelles (Cf.).
      Elle se caractérise par la survenue durant quelques jours, de crises d’hypersomnie , accompagnées de perturbations de l’humeur et du comportement.
      Le malade tombe dans un état de somnolence et se montre légèrement confus ou obnubilé dans ces propos. Il se met notamment à manger excessivement (hyperphagie) et à montrer des signes d’« hypersexualité » avec désinhibition comportementale (e.g. masturbation en public).
      La personnalité est normale entre les crises qui surviennent de façon récurrentes, mais s’estompent spontanément avec l’age.
      Ce trouble est associé à une mutation chromosomique (du troisième allèle) du même gène que celui de la narcolepsie (Neurology décembre 2002).
      Voir aussi "Sexsomnies".


  • Parasomnies en Sommeil Paradoxal
  • Le rêve ;
    Paralysie et hallucinations du sommeil ;
    Troubles du comportement en SP ;
    Catathrénies ;
    Les "sexsomnies" ;

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    PSG en Sommeil Paradoxal
    • LE RÊVE ...

      VOLTAIRE / Dictionnaire philosophique
      « Les songes ont toujours été un grand objet de superstition ; rien n’était plus naturel. Un homme vivement touché de la maladie de sa maîtresse songe qu’il la voit mourante ; elle meurt le lendemain : donc les dieux lui ont prédit sa mort. Un général d’armée rêve qu’il gagne une bataille ; il la gagne en effet : les dieux l’ont averti qu’il serait vainqueur.
      On ne tient compte que des rêves qui ont été accomplis ; on oublie les autres. »

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      Cauchemar
      Un contenu émotionnel fort

      N’en déçoive les tenants des interprétations rétrospectives de toutes natures, et hormis quelques cas particuliers (comme certains rêves post-traumatiques), les études sur le contenu du rêve n’ont pas été contributive en médecine du sommeil.
      Leur évocation amène parfois le sujet (ou son psychothérapeute) à des conclusions intéressantes (et parfois non ...).
      Mais il n’y a pas lieu, de notre point de vue, à chercher un sens au contenu des rêves. On doit tout au plus les considérer comme des curiosités qui témoignent (en tout cas) de la persistance d’une forme de conscience durant certaines phases du sommeil.
      Certains individus sont naturellement plus "rêveurs" (au sens somnologique), que d’autres mais cela ne détermine pas la qualité de leur sommeil.
      Voir l’article "rêve et sommeil".

      NB Toutefois ... S’il serait stérile de se perdre dans des recherches sur la signification du contenu du rêve, il est important de savoir reconnaître, au travers de leur récit, les signes qui témoignent d’une pathologie psychologique :
      Un sujet qui souffre de dépression (Cf.), de surmenage professionnel (burnout) (Cf.) ou d’une phobie sociale (Cf.) peut présenter des rêves au contenu évocateur qu’il y a lieu de savoir repérer.

    • PARALYSIE DU SOMMEIL

      Voir l’article "Paralysies et hallucinations au cours du sommeil", un phénomène fréquent et bénin mais à l’origine de beaucoup de malentendus.
      Les parasomnies ont pu contribuer à alimenter de nombreuses croyances sur les fantômes ou les phénomènes de possessions.
      Ces phénomènes sont aussi parfois à l’origine d’un certain nombre de "Sexsomnies".
      On pense qu’il y a également lieu de les rapprocher des témoignages de "voyage astral", de visites de "martiens", et autres expériences de lévitations. Ces états dissociés de conscience sont favorisés par la privation de sommeil.

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      Lévitation tanscendentale ou hallucination du sommeil ?
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      Fantôme ou rêve ?

    • TROUBLES DU COMPORTEMENT EN SOMMEIL PARADOXAL (SP)
      "On me dit que je gesticule ou que je crie durant mon sommeil"
      Voir l’article "TCSP".
      Les TCSP correspondent à une anomalie de la paralysie (par abolition active du tonus musculaire) qui se produit normalement au cours du sommeil paradoxal.
      Le sujet est ainsi capable de bouger au cours de son rêve.
      Cette anomalie peut donner lieu à des comportements auto- ou hétéro-agressifs (pouvant avoir des conséquences judiciaires).
      Leur survenue doit conduire à pratiquer un bilan neurologique dans un centre du sommeil.
      NB : Il est parfois difficile de distinguer les crises qui surviennent au cours du sommeil paradoxal de celles qui surviennent en sommeil lent (qui traduisent une forme bénigne de somnambulisme).

    • CATATHRÉNIES :
      Les catathrénies sont des vocalisations expiratoires à type de gémissement, de cris de douleurs ou de grognement inarticulés qui peuvent survenir (durant de longues périodes) tout au long de la nuit, et occasionner une gène sociale (et conjugale) importante.
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      Catathrénie ... (mp3, 46’, 1,1 Mo)


      Les cris peuvent se prolonger sans interruption, ou alterner avec des bruits de gorges très étonnants (Cf. document ci joint).
      On pense qu’ils se produisent essentiellement au cours du sommeil paradoxal.
      Comme la plupart des phénomènes liés au sommeil paradoxal, les catathrénies frappent par leur aspect étrange et sans le moindre rapport avec la personne qui semble possédée par un personnalité étrangère à elle même. (Selon les témoins, la tonalité de la voix, le choix du vocabulaire ou même le type de comportement, ne sont pas habituels. Cela suscite souvent bien des interrogations autour des phénomènes paranormaux...).
      Il est illusoire de leur chercher une interprétation sous l’angle de l’inconscient...
      On peut aussi y voir l’explication de nombreuses légendes à propos des sinistres hululement des fantômes qui terrorisaient nos ailleuls.

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      Pseudo ronflement catathrénique
      (mp3, 56’, 210 Ko)


      NB Certaines catathrénies à type de grognement réguliers peuvent être prises, à tort, pour des ronflements. Ici, le bruit est très nettement expiratoire alors que, dans le ronflement, il est provoquées par l’inspiration (turbulence de l’air au niveau du pharynx et vibration des parties molles).
      D’autre fois, ce sont des gémissements expiratoires très particuliers qui peuvent évoquer des cris de plaisir et donner lieu à des situations pathologiques que l’on classe parmi les sexsomnies (Cf.).

    • SEXSOMNIES :

      Les "sexsomnies" sont des comportements involontaires à connotation sexuelle survenant au cours du sommeil.
      On décrit des "Somnambulismes sexuels" qui traduisent une anomalie du sommeil lent (éveil dissocié)
      Le sommeil paradoxal étant associé à la survenue d’une érection, certaines pathologies (rêve dissocié) sont compliquées de faits réels ou interprétées comme des troubles à caractère sexuel.
      Voir l’article : "sexsomnies"

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      Nb. La fréquence des sexsomnies iatrogéniques (médicamenteuses) mérite d’être soulignée .
      Leur survenue est longtemps passée inaperçue (car le sujet reste tabou) mais grâce à l’action (courageuse) d’associations de malades, on admet aujourd’hui qu’elles peuvent survenir chez 5 à 10 % des sujets traités par certains médicaments comme les dopaminergiques, très utilisés dans la maladie de Parkinson et le Syndrome d’impatience des jambes. (Cf : "Jambes sans repos")
      Voir la fiche de Pharmacovigilance 2007 (chap IV).

P.-S. 
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Quelques liens externes pour en savoir plus...




Auteur | Contact | Copyleft | Traductions | derniere modif 10 janvier 2010.