Sommeil et médecine générale
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Alcools, drogues et sommnifères

« Si tous nos remèdes étaient balancés au fond des océans, cela ferait le plus grand bien à l’humanité - et le plus grand mal aux poissons ».
Oliver Wendell Holmes, M.D. (discours devant la Societé Medicale du Massachusetts en 1860).


Qu’est-ce qu’un somnifère ?
Un "coup de bambou", un "anesthésique", un "remède", un "paradis artificiel" ?
Malgré une recherche qui remonte aux origines de l’humanité, le somnifère idéal (capable de provoquer « à la demande » un état véritable de sommeil normal), n’existe toujours pas.
La consommation souvent prétendument "occasionnelle" de somnifères dits de nouvelle génération est pourtant en augmentation constante.
Ces molécules, parfois présentées comme "inoffensives" ont un inconvénient majeur : elles nuisent à l’éveil !
Cf. l’article : "risques des nouveaux somnifères"


Un médicament psychoactif possède la propriété d’agir sur le niveau de vigilance du cerveau.
On peut définir quatre types d’effets :

  • Pro-sommeil : "Hypnotique ou Somnogène" : qui endort, induit le sommeil ’réversible) ; et "narcotique" : qui induit une narcose : une anesthésie non facilement réversible.
  • Anti-éveil : "Sédatif" : qui sédate, diminue l’éveil () ;
  • Anti-sommeil : Excitant : qui excite, énerve, empêche le sommeil () ;
  • Pro-éveil : Psycho-stimulant : qui réveille, maintient l’éveil .

Certaines drogues possèdent un effet "sédatif" bien connu...

Les premiers témoignages de l’utilisation de l’opium comme somnifère remontent à la Haute Antiquité, dès 4000 ans avant JC à Sumer et dans les cultures européennes.

En Chine, il y a une vieille légende qui dit que Bouddha (?563-483 avant JC) arracha ses paupières en luttant pour rester éveillé. Elles tombèrent sur le sol humide, d’où poussa une fleur rouge, le pavot à opium.

On trouve de nombreuses références aux drogues auxquelles les humains font appel pour se procurer (comme actuellement sur ordonnance), "un repos paisible et des rêves aimables".
Dans la mythologie grecque, le dieu du sommeil Hypnos tient une fleur de pavot pour prodiguer le sommeil aux mortels avant que son fils Morphée, dieu des songes, ne métamorphose la réalité en apportant le rêve aux dormeurs.
Cf "Mythologie du sommeil"

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Nyx (Nuit) et Hypnos (Sommeil),
distribuant les fleurs de pavot sur les hommes (1878) Evelyn de Morgan)


Le pavot à opium qui (selon certains) ne serait pourtant "qu’un échappé qui n’existe pas, et ne peut exister, à l’état sauvage", a migré d’Ouest en Est, depuis l’Asie mineure vers l’Europe et ce sont les Arabes qui ont été les principaux diffuseurs de la plante et de ses usages. [1]

En 1753, le botaniste suédois Linné classa officiellement le pavot en tant que "Papaver somniferum", une plante qui induit le sommeil.


L’utilisation de l’alcool (produit par la fermentation des sucres) est beaucoup plus ancienne et accompagne l’humanité depuis le néolithique et la découverte de l’agriculture organisée.
Pour les hommes préhistoriques ces breuvages sont d’ordre divin. Le vin et son ivresse sacrée permettent une alliance avec les Dieux et confèrent l’immortalité.
Les prêtres et les chefs consommaient le vin de façon rituelle.
La célèbre potion magique des druides, consommée avant les grands combats ou à l’occasion des fêtes religieuses contenait de l’alcool.

Chez les hébreux " le vin réjouit Dieu lui-même ". On trouve plus de 500 citations du vin dans la Bible (" Noé planta la vigne et connut l’ivresse "). Pourtant, on constate déjà une condamnation de l’ivresse, car elle rend insensé et fait transgresser les lois : " Le vin est moqueur, les boissons fermentées tumultueuses ; quiconque s’adonne n’est pas un sage ". (Sources ;).

Comme pour les opiacés (sirops pour la toux dérivés d’opium) que l’on donnait parfois aux enfants au début du siècle dernier, l’alcool n’a pas toujours été considéré comme une drogue potentiellement dangereuse.
Avicenne, le célèbre médecin Perse (980-1037), en légitimait l’usage à des fins médicales, en particulier pour stimuler l’énergie du corps et, spécialement, comme il le vérifiait lui-même, dans les ébats amoureux (et accéder ainsi, peut être, à un sommeil de rêve. Nda).

Le grand savant Louis Pasteur (1822-1895) en a fait l’éloge : “pris en quantité modérée, le vin est la plus saine et la plus hygiénique des boissons”.
On en trouve souvent l’éloge dans la littérature :

« Pour noyer la rancœur et bercer l’indolence
De tous ces vieux maudits qui meurent en silence,
Dieu, touché de remords, avait fait le sommeil ;
L’Homme ajouta le Vin, fils sacré du Soleil ! »

( Charles Baudelaire, Le Vin des Chiffonniers, Les fleurs du mal, 1862)

Il n’y a pas si longtemps que cela, on pratiquait des "massages calmants" aux bébés insomniaques, avec un alcool local (marc, rhum, calva, eau de vie, vodka ... ). La pénétration cutanée très rapide de l’alcool chez les bébés suffisait à donner raison à la tradition ... mais pas à la science.

Alcool, Opium, Chanvre indien, Datura ...etc
La recherche du sommeil "de rêve" est peut-être une des plus vieilles quêtes de l’humanité.

... mais le "somnifère" idéal n’existe pas.

À défaut, de nombreux "remèdes" issus des plantes ou, plus récemment, de l’industrie pharmaceutique, ont été, très maladroitement, baptisés "somnifères" (ou "hypnotiques") et proposés sur le marché à cause de leurs propriétés « anti-éveil ».

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Marcel Proust (1871-1922)
30 ans sous barbituriques !


Marcel Proust (1871-1922) était, dès sa jeunesse un consommateur de somnifères (barbituriques) :
"... et tu me dis toute la journée des choses comme : « je n’ai pas pu dormir la nuit dernière parce que les domestiques se sont couchés à onze heures. » Je voudrais bien que cela soit ça qui m’empêche de dormir ! Aujourd’hui j’ai eu le tort, étouffant de sonner (pour avoir à fumer) Marie qui venait me dire qu’elle avait fini de déjeuner et tu m’en as instantanément puni en faisant, dès que j’ai eu pris mon trional, clouer et crier toute la journée." (Lettre à Jeanne Proust, Correspondance. Édition Kolb (Plon). Tome III, p. 190-191).

Le Trional était un barbiturique, découvert en 1890, fut le somnifère habituel de Proust jusqu’en 1910. Il en prenait dès l’âge du service militaire, Corr., t. XVII, p. 50.
Proust avait puisé dans la bibliothèque de son père (le Docteur Adrien Proust), d’importantes connaissances médicales particulièrement sur la neurophysiologie du sommeil. Il observait sur lui-même l’effet comparé des hypnotiques variés dont il faisait usage et n’hésitais pas faire partager à ses correspondants de fruit de son expertise.
Source Érudit .org (Le sommeil-rêve comme laboratoire du texte proustien, Nicole Deschamps, 1994)

Le Véronal est un autre barbiturique, introduit en Allemagne en 1903, que Proust prit à partir de 1910 (Corr., t. X, p. 51, lettre à Montesquiou de février 1910), et dont il abusa après avoir renoncé au Trional ; il se plaignait dès 1915 qu’il lui faisait perdre la mémoire (Corr., t. XIV, p. 78, lettre à Lucien Daudet de mars 1915).

Les barbituriques de sinistre réputation (responsable de nombreux décès) ne sont plus utilisés dans cette indication.
Le rapport risque-efficacité devenait trop faible du fait de la tolérance qui conduisait à augmenter les doses jusqu’au surdosage mortel (atteint pour seulement 5 fois la dose normale).


Ils ont été supplantés par les benzodiazépines (Lexomil°, , Valium°, Xanax°, Noctamide°, etc...) et certains anti-histaminiques (Atarax°), ou certains neuroleptiques (Acépromazine dans le Noctran° ou la Mépromizine°, Théralène° ...).

Les "nouveaux somnifères" (Imovane°, Stilnox°, Ivadal° et leurs génériques) n’ont pas apporté d’améliorations franchement significatives en termes de tolérance, de dépendance ou d’effets indésirables par rapport aux plus anciens.

Toutes ces molécules provoquent une réduction de l’activité cérébrale. Durant la nuit, elles diminuent la puissance et le rendement du sommeil (activité en onde lente, sommeil paradoxal...).
Cet effet délétère sur le sommeil se cumule, le lendemain, avec l’effet résiduel direct du produit, entraînant un risque de somnolence diurne et une réduction des performances et de la mémoire. (Cf. "savoir dormir").

Ces neurotropes s’accumulent dans tous les tissus où leurs concentrations atteint une valeur supérieure à celle du plasma. Leur durée d’action est donc toujours supérieure à leur demie-vie plasmatique. En clair, ils agissent bien plus longtemps que ne le laisse supposer leur vitesse d’élimination du sang.

... Le "bon" somnifère idéal n’existe pas (encore) !

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Piège cognitif et pharmacologique

Dans certaines circonstances exceptionnelles, on peut, éventuellement, avoir à utiliser le somnifère le « moins mauvais ».
Il faut cependant bien garder à l’esprit que leur utilisation dans le « traitement » de l’insomnie est, par définition, illusoire et même plutôt contre-performante.

Opiacés
Malgré ce qu’en pensaient les Grecs, le pavot et ses dérivés (opium, codéine, morphine, héroïne) sont de puissants "anti-sommeil".
Le consommateur est plongé dans un état de léthargie mais il dort très peu et le stade de sommeil lent est effondré.

Alcool :
L’alcool a longtemps bénéficié, à tort, d’une bonne réputation vis-à-vis du sommeil. Il n’y a pas si longtemps, on massait avec un peu d’alcool (Rhum, eau de vie, calvados ...) la peau des enfants au sommeil récalcitrant ! (On sait maintenant que cela exposait l’enfant à de graves dangers, mais, de nos jours, le "petit lexo" ou le sirop théralène font malheureusement parfois le même office...).

L’alcool exerce des effets apparemment contradictoires sur les états de conscience.
À faible dose, l’alcool est un excitant qui perturbe surtout le jugement et les réflexes. Il n’est pas sédatif à proprement parler.
Compte tenu de ses propriétés, l’alcool ne constitue pas un bon somnifère comme le précise si bien Garangantua , le plus grands des buveurs et l’ineffable bon vivant (décrit par Rabelais) :
"-Je vous y prens, je vous resveille. Sommelier eternel, guarde nous de sommeeil. Argus avoyt cent yeulx pour veoir ; cent mains fault à un sommelier, comme avoyt Briareus, pour infatigablement verser"
 [2]

« Lever matin n’est point bonheur
Boire matin est le meilleur. »
(François Rabelais).
NB C’est probablement cette même intuition que partagent avec Pantagruel, les Antillais âgés qui ont gardé l’habitude du "décollage " le matin avec une goutte de rhum (Nda).


À forte dose, le sujet tombe dans un état proche du coma ; la narcose (il n’est plus réveillable normalement).
En réalité, malgré son effet apparemment sédatif, l’alcool interdit le sommeil profond en début de nuit (disparition des stades de sommeil lent 3 et 4). Il se produit un « rebond compensateur » de sommeil en fin de nuit, lorsque l’alcoolémie aura suffisamment baissé.
Cette compensation du sommeil profond et parfois des rêves en fin de nuit donne au buveur excessif une fausse impression de "bon" sommeil.

Ce sommeil de deuxième partie de nuit n’est pas aussi efficace que le sommeil de début de nuit (riche en sommeil lent : Cf. Iconographie) et le sujet alcoolique se trouve souvent en état de manque chronique de sommeil.


Benzodiazépines :
Il en est (hélas !) de même pour les médicaments somnifères ou tranquillisants que prennent "pour dormir" des millions de personnes (« juste un petit quart de barrette »).
Ce type de produits possède en réalité une durée d’action notoirement supérieure à la durée de la nuit et constitue une toxicomanie silencieuse redoutable par ses effet diurnes et son pouvoir extrêmement addictogène (forte tolérance et problème de sevrage).

Même s’il sont mieux supportés que leurs prédécesseurs, ces produits peuvent conduire à un cercle vicieux où le médicament « pour dormir et pour être performant » s’avère bien plus nocif que l’insomnie elle-même (somnolence résiduelle, troubles de la mémoire et de l’équilibre).

Les "nouveaux somnifères"
Il s’agit de molécules plus récentes (fin 90) que l’on distingue des précédentes malgré le fait qu’elles agissent sur le même mécanisme (système GABA).
On ne peut pas nier leur efficacité, si l’on en juge sur leur succès !
Ainsi, Le Stilnox°, issu de la recherche pharmaceutique française est rapidement devenu leader sur les marchés européen et nord-américain.


Ces produits sont réputés moins nocifs que leurs prédécesseurs et ont été commercialisés de manière à répondre aux problèmes d’insomnies "occasionnelles" selon un protocole de prise dite "à la demande".
En moins de 15 ans ils occupent 70% des parts de marché et sont passé au premier rang des substances à usage détourné toxicomaniaque.

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Groupe CODAGE – RSI Observatoire des anxiolytiques et des hypnotiques


Cf. "Cercle vicieux de l’insomnie").
NB. Une des motivations à consommer un somnifère découle d’un malentendu qui existe entre le sens de la fatigue et celui de la somnolence. Les sujets insomniaques se sentent fatigués et pensent que, s’ils dormaient plus, ils seraient plus performants, tandis que les publicités pour les somnifères s’appuient sur les statistiques qui confirment que le manque de sommeil (c’est-à-dire la somnolence) est responsable de nombreux accidents ...
Nous pensons qu’il faut reconsidérer la pertinence même de l’utilisation des somnifères pour parvenir à dormir.

L’utilisation d’une "aide au sommeil" induit rapidement un état de tolérance.

Après la phase de « lune de miel » qui justifie, aux yeux du malade, la consommation initiale, apparaît plus ou moins rapidement le stade de « tolérance » où le cerveau parvient à adapter son fonctionnement à la présence du produit.
En quelques semaines l’action du produit sur le sommeil n’est plus mesurable objectivement sur les enregistrements.
L’utilisateur continue à penser qu’il ne dort que grâce au produit qui lui avait donné satisfaction. Mais, à ce stade, celui-ci n’a plus d’effet (autre que comportemental ou psychologique). Il apport à son utilisateur une sorte de sécurité, l ’impression qu’il met toutes les chances de son côté, Même si cela ne fonctionne pas toujours.
La plupart des consommateurs réguliers se situent dans cette phase d’équilibre : (« le mariage de raison »).
Puis, peu à peu, le doute s’installe. Le sujet est prêts à augmenter les doses car il redoute de plus en plus les expériences de mise en échec.

Le sevrage est d’autant plus difficile à réaliser que la tolérance est forte.
Les tentatives infructueuses de « divorce » aggravent le cercle vicieux de l’anxiété de performance avec, en cas de mise en échec, l’obligation d’augmenter les doses.

Phytothérapie ?

Remarques :
1°/ L’alcool en intoxication aiguë peut amplifier les effets des produits sédatifs et hypnotiques au niveau de leurs sites d’action dans le cerveau. Un buveur occasionnel est en danger lorsqu’il fait des "mélanges".
L’alcool en intoxication chronique au contraire, peut diminuer leur effet par accélération de leur élimination (hépatique). Un buveur excessif a développé une résistance "pharmaco-dynamique" aux somnifères.

2°/ Molécules du futur ?

--- D’importantes recherches sur les "endocannabinols" sont menées sur plusieurs axes prometteurs et qui corroborent selon nous l’approche "somnicologique" des troubles fonctionnels
--- Leur première mise en application (le rimonabant - Acomplia°) devait concerner les problèmes de surpoids et, dans certains pays, le sevrage tabagique.
Cette molécule, qui est le chef de file de la toute nouvelle classe thérapeutique des inhibiteurs du système endoCB permet, chez l’animal, d’obtenir sans aucun effort une réduction du poids significative et durable.

En 2007, malgré un lancement très médiatisé, la FDA en avait bloqué la mise sur le marché américain (pour des raisons de mauvaise tolérance notamment psychologique) [3]
En France, les conditions de prescription (et de remboursement) s’avéraient très limitées car le rimonabant était contre-indiqué en cas d’antécédents de fatigue ou de dépression (ce qui de fait excluait une grande partie des personnes obèses).
En Octobre 2008, le laboratoire a fait part du retrait définitif du rimonabant -Acomplia°-) du marché Européen.
(Voir les liens en bas de page).

Nous pensons que le système prometteur des EndoCB sera accessible, un jour, à des molécules capables d’en améliorer le fonctionnement.
On peut ainsi espérer des avancées thérapeutiques capables de soigner des troubles aussi variés que l’insomnie, la fatigue et la fibromyalgie, mais également les troubles du comportement alimentaires et peut-être même certaines perturbations immunitaires (sclérose en plaque ...). Cf. "système endoCB").
Les Mélatoninergiques (Cf plus bas), semblent agir dans des systèmes très voisins et sont en cours de lancement.

3°/ Cannabinol thérapeutique ?
L’usage thérapeutique du cannabis remonte à la nuit des temps et s’est poursuivit jusqu’aux années 1930 avant d’être soumis à une interdiction progressive dans le cadre de la lutte internationale contre les toxicomanies.

De nos jours, des associations de malades (sida, sclérose en plaque, cancers, dystonie, parkinson ...) militent pour l’utilisation du cannabis (hashish) ou de la marijuana (chanvre indien) à des fins thérapeutiques notamment comme aide au sommeil ou à l’appétit des malades.
La hollande, la Suisse, l’Allemagne, le Canada, et certains états anglo-saxons (comme l’Australie, la Californie [4] ont des législations qui autorisent déjà sa consommation dans des circonstances particulières.

4°/ Mélatoninergiques ?
Il s’agit de molécules, encore en phase d’évaluation, qui possèdent la propriété de se fixer sur les récepteurs cérébraux à la mélatonine.
Outre leurs effets inducteurs de sommeil, ils semblent intéressants dans les états dépressifs et douloureux proches de la fatigue ou de la fibromyalgie. Il s’agit peut-être là d’une piste thérapeutique nouvelle susceptible, au moins sur le plan de la réflexion médicale, de réconcilier la médecine du sommeil avec la médecine générale.
Cf. l’article "prise en charge intégrée de la dépression". L’agomélatine (Valdoxan® ) un analogue de la mélatonine ...

Le point sur le cannabis

L’impact du cannabis sur le sommeil reste encore controversé et mal connu.
On s’accorde à dire que son usage favorise le sommeil lent profond et réduit le sommeil paradoxal. Des études sont en cours pour déterminer les risques d’apparition de troubles du sommeil à l’occasion d’un sevrage dont on sait à présent qu’il est difficile à obtenir.

Les recherches récentes sur les endoCB (Cf. doc en bas de page), semblent en faveur d’un effet positif du cannabis sur le sommeil mais, comme le montrent les expériences sur le rongeur (effet "pop corn" à forte dose), Le produit peut tout autant, dans certaines circonstances, s’avérer excitant (tout comme l’alcool).
On décrit un effet inhibiteur du cannabis sur le souvenir des rêves avec phénomène de rebond au sevrage, les premières nuits après l’arrêt de la consommation étant marquées par le retour de rêves bien plus vivaces.


Toutefois, l’intérêt du souvenir des rêves au cours de la nuit n’est pas démontré en tant que tel.
Voilà ce qu’en disait en 1752 Albrecht von Haller (1708-1777) dans son "Traité de physiologie des différentes parties du corps humain" (sources) :

"Y-a-t-il des songes perpétuels & qui n’aient lieu que dans le sommeil ? Sont-ils si naturels à l’ame & succèdent-ils aux sensations, si bien que l’ame ne soit jamais sans penser ? Il ne le paroît pas. Nous rapportons plutôt les songes à une espèce de maladie, & à quelque cause stimulante qui dérange le sensorium de son repos parfait. C’est de là que les embarras, les idées fortes reçues dans la mémoire, les aliments durs & leur quantité, la situation moins favorable, causent des songes ; & ceci, autant que je peux m’en souvenir, n’a pas lieu dans le sommeil le plus doux et le plus tranquille."
Voir l’article du site :"sommeil et rêves".

En tout état de cause, un mauvais dormeur le restera du moment qu’il s’enferme dans la certitude d’avoir "besoin" d’un produit pour trouver le bon sommeil.
Le piège cognitif et comportemental de l’insomnie conduit, en tant que tel, à une forme de dépendance "psychologique" très forte, et ce, quel qu’en soit le support (par exemple : "je suis incapable de m’endormir sans un bouquin ..." est un signe de grande vulnérabilité au sommeil).

Compte tenu de son usage phytothérapeutique ancestral (dans la plupart des pays du Sud), le cannabis ne nous semble pas moins légitime que les benzodiazépines ou l’alcool que consomment régulièrement plus d’un quart des habitants des pays occidentaux (il n’est pas prouvé à ce jour qu’il soit plus nocif sur la mémoire et les performances que ses analogues issus des pays riches).
Par contre, l’extrême nocivité de la fumée pour les voies respiratoires (bronchite, insuffisance respiratoire et cancer) est très probablement bien supérieure a celle du tabac pur.
Et les risques cardiovasculaires liés à l’intoxication de l’hémoglobine par l’oxyde de carbone (CO, produit par la combustion) semblent supérieurs à ceux induit par le tabagisme.


Selon certaines études (Voir les liens en bas de page) "À poids égal, le cannabis fumé fournit 50 % plus de goudron qu’une marque populaire de tabac fort".
La technique d’inhalation du cannabis, le fait que la fumée de cannabis ne soit pas habituellement filtrée et les quantités plus grandes de benzopyrène et de benzanthracène (deux agents cancérigènes) contenues dans le goudron de cannabis expliquent pourquoi les fumeurs invétérés de cannabis risquent plus à la longue de souffrir de pharyngite, de rhinite, d’asthme, de bronchite, d’emphysème et de cancer de la gorge ou du poumon.
Ainsi, une cigarette de marijuana peut théoriquement causer autant de problèmes pulmonaires que 4 à 10 cigarettes ordinaires"

(van Hoozen, B., & Cross, C. (1997). Marijuana : Respiratory tract effects. Clinical Review of Allergy and Immunology, 15, 243-269.).

Selon une étude de Nouvelle-Zélande, le pouvoir cancérigène du cannabis est très élevé et fumer un joint par jour (sans ajout de tabac) pendant 10 ans multiplie par 6 le risque de cancer bronchique.

Panorama du Médecin, 28 janvier 2008.

Les joints étant généralement consommés sans filtre et jusqu’au bout, la quantité de fumée inhalée est importante. Or, celle-ci contient deux fois plus d’hydrocarbures poly-aromatiques cancérigènes que la fumée des cigarettes de tabac. De plus, les inhalations sont plus profondes et plus longues. Enfin, l’absorption de monoxyde de carbone dans le sang serait 5 fois plus élevée après un joint. Pourtant, les résultats des études épidémiologiques réalisées chez l’homme étaient jusqu’ici contradictoires.

Une étude de Nouvelle-Zélande* - où la consommation de cannabis est élevée et où les fumeurs qui se roulent un joint y ajoutent rarement du tabac -, réalisée chez des patients souffrant d’un cancer du poumon, montre que le lien entre cannabis et cancer du poumon est fort. Fumer plus de 10 joints-année (1 joint/jour pendant 10 ans ou 2 par jour pendant 5 ans) augmente ce risque par 5,7, indépendamment du tabagisme. 1 joint équivaudrait à 20 cigarettes...

*Richard Beasley et coll. European Respiratory Journal, 2008, vol. 31- N°2.

Enfin, il faut souligner, par ailleurs, ici, la véritable toxicité sociale liée à la mise hors la loi précoce d’une tranche importante de la population (souvent très jeune) qui consomme et donc détient des produits illicites).

Le mélange tabac et cannabis potentialise la dépendance

La dépendance cérébrale pour le tabac est potentialisée par la technique de prise (inhalation profonde) et par l’effet du cannabis sur les zones cérébrales du plaisir, créant ainsi un conditionnement addictif (dépendance comportementale).
Il est extrêmement difficile de devoir gérer les deux addictions et les fumeurs de cannabis sont particulièrement dépendants du tabac (Les patchs à la nicotine sont indiqués ici, à forte dose).

Dangereux ou pas ?

Oui, l’usage du cannabis est dangereuse.
La position de l’Académie Nationale de Médecine à ce propos est claire et sans ambages : elle "demande avec force que les politiques de prévention et de communication sur le cannabis soient renforcées, sans aucune concession aux défenseurs du cannabis" (Voir les doc. en bas de page).

Même si sa consommation occasionnelle ne présente pas de risque particulier, la tolérance au produit conduit souvent à un usage régulier qui présente, par contre, de nombreux inconvénients psychologiques et sociaux.

On peut, à ce sujet s’étonner des contradictions apparentes de la législation française qui participe indirectement à la vente de papiers à rouler, manifestement de trop grande taille pour être destiné à la confection d’une cigarette normale.
lire sur Nécronomie.org.
Rajoutons à cela que la banalisation du "joint" (à usage festif) est une importante porte d’entrée pour le tabagisme chez les jeunes. L’hypothèse selon laquelle il existerait un lien entre ces faits a été émise.

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"la consommation de papier à rouler en volume est plus de cent fois supérieure à la consommation de tabac"(Chroniques nécronomiques)

P.-S. 

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Quelques liens externes pour en savoir plus...

Notes

[2"Les propos des bien yvres" (La vie très horrificque du Grand Gargantua Père de Pantagruel /Chap V).
- "L’appetit vient en mangeant, disoit Angest on Mans ; la soif s’en va en beuvant.
- Remede contre la soif ?
- Il est contraire à celluy qui est contre morsure de chien : courrez tousjours après le chien, jamais ne vous mordera ; beuvez tousjours avant la soif, et jamais ne vous adviendra.
- Je vous y prens, je vous resveille. Sommelier eternel, guarde nous de sommeil. Argus avoyt cent yeulx pour veoir ; cent mains fault à un sommelier, comme avoyt Briareus, pour infatigablement verser"
-Mouillons, hay, il faict beau seicher !
-Du blanc ! Verse tout, verse de par le diable ! Verse deçà, tout plein : la langue me pelle.
Rabelais.

[3Nous écrivions en 2007 : "Son autorisation sur le marché est sujette à beaucoup de prudence, il n’est pas certains qu’il soit bien toléré".

[4La Californie est l’un des huit états qui autorise les individus à cultiver ou à utiliser de petites quantités de cannabis à des fins thérapeutiques sous contrôle médical.




Auteur | Contact | Copyleft | Traductions | derniere modif 25 janvier 2010.