Une véritable impression de danger, mais... sans aucun danger.
La « spasmophilie » est un concept spécifiquement français.
Alors que plusieurs millions de nos compatriotes en souffriraient, la maladie n’est pas reconnue par nos voisins Européens ou Américains, pour qui elle ne serait qu’une forme d’angoisse irrationnelle : une "attaque de panique" sans fondement réel.
Définie littéralement comme une "affinité pour les spasmes", la spasmophilie est décrite pour la première fois en 1948, par le Pr C Klotz, endocrinologue de l’hôpital Bichat qui, tout comme Trousseau dès 1860, y voyait un trouble de la transmission neuro-musculaire.
Ceux qui nient sa réalité laissent croire aux personnes qui en sont victimes qu’il s’agit d’une maladie uniquement physique (carence de magnésium par exemple).

AVERTISSEMENT :
Le site Sommeil et Médecine générale défend l’hypothèse du « syndrome d’hyposommeil » qui stipule qu’un déficit d’efficacité du sommeil se traduit par une panoplie de troubles neurodystoniques dont la spasmophilie est un exemple emblématique.
Quels que soient leur siège ou leur intensité, ces troubles présentent quatre caractéristiques communes : ils sont handicapants, inquiétants, résistants aux traitements et... parfaitement inoffensifs en terme d’espérance de vie. (La migraine en est un exemple parmi les plus communs).

Qu’est-ce que la spasmophilie ?
Pourquoi ?
Mais je dors beaucoup, pourtant !
C’est vrai, je suis fatigué...
Alors, ce n’est pas grave ?
Mais comment arrêter la crise ?
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Le concept de « spasmophilie » n’est pas enseigné en faculté de médecine. La réalité même de la maladie y est parfois officiellement réfutée.
Pour les témoins de la crise spasmophile et pour de nombreux de médecins (qui y sont régulièrement confrontés en visite d’urgence), ces crises correspondraient à des formes anxieuses de "dépression". Nous ne partageons pas cette vision de choses...

Pour le grand public, la spasmophilie est une maladie commune et fréquemment évoquée par le corps médical, qui se manifesterait dans de nombreuses situations ressenties par le spasmophile comme des "situations d’urgence".
Certains moteurs de recherche sur internet proposent la définition suivante : « trouble de l’équilibre acido-basique en relation avec une alcalose respiratoire provoquée par une hyperventilation d’origine psychologique, due à une peur de mourir irraisonnée ».
Ailleurs on évoque un terrain « d’hyper-excitabilité neuromusculaire » ou de « dystonie neuro-végétative », c’est-à-dire de dysfonctionnement du système nerveux automatique (ce qui est plus exact).
De nombreux sites commerciaux se positionnent pour vanter les mérites de tel ou tel complément alimentaire, régime « untel » ou autres panacées. Avec une mention spéciale pour les "directeurs de conscience" qui en font un problème de « trouble de la sérénité »... dans le but de vendre quelque chose... (régime miracle, ouvrage ésotérique ou pratique paramédicale...).

L’expression « attaque de panique » répond à une définition psychiatrique internationale dans le chapitre des troubles anxieux (du DSM-IV le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, 4e édition) qui comprend les phobies, les TAG (troubles anxieux généralisés) et des TOC (troubles obsessionnels compulsifs). (Cf doc en bas de page) [1]
En réalité, la crise de spasmophilie se résume à une sensation de danger imminent, c’est la mise en jeu d’un "système d’alarme". Le sujet ressent un dysfonctionnement d’un organe présumé vital. C’est la sensation qu’il se passe quelque chose d’urgent et de grave au niveau du cœur (infarctus), du cerveau (paralysie), de la respiration (étouffement), du ventre (à opérer), etc...
Ce type de crise est à l’origine de la majorité des appels directs au Samu et suscite de nombreuses hospitalisations en urgence.
Par définition, la normalité des bilans (nombreux et répétés) contraste avec la gravité apparente de la crise tant et si bien que ces « vrais malades » finissent par douter du sérieux du médecin qui, de son côté, les considère très souvent comme des « faux malades ».
(Cf. l’article "Le Pseudo faux-malade")
Comme nous le verrons, ce malentendu est partagé par les malades atteints de Fibromyalgie, de Fatigue Chronique ou tout simplement de troubles fonctionnels ("neuro-dystoniques") chroniques comme la migraine, la lombalgie (très répandue), ou le syndrome d’intestin irritable. [2].

Au début, l’effet placebo présent au sein de toute relation "médecin-malade-médicament" de bonne qualité, est souvent suffisant pour rassurer le malade.
Mais ces schémas négligent, selon nous, l’importance de la fatigue... et une autre alarme, tout aussi angoissante, ne tardera pas à se produire. (Cf. l’article Système d’alarme de la fatigue.
Aucune des ces approches n’est réellement satisfaisante pour ces vrais malades qui multiplient les consultations (ou changent de médecin tout au long de leur vie).
Les connaissances récentes en pathologie du sommeil concernant la spasmophilie proposent une alternative plus pragmatique basée sur les règles d’hygiène du sommeil.
Pour autant, en général, les patients interrogés sur leur sommeil affirment dormir beaucoup, car c’est bien la qualité du sommeil qui est en cause et non la quantité (ici tout comme dans le cas de lafibromyalgie ou de la fatigue chronique).

Est-ce qu’on considère qu’un sujet affamé mange bien parce qu’il a très faim ?
La qualité du repos ne se mesure pas seulement sur la facilité à s’endormir (somnolence) ou sur la durée du sommeil.
Le sommeil se juge au réveil et il semble évident que le sommeil des sujets spasmophiles ne joue plus son rôle puisque c’est dès le réveil que la fatigue est la plus intense.
Un bon dormeur se couche en confiance et se réveille en forme

Une des premières évocations officielles de la « spasmophilie » date de 1992, quand la Sécurité sociale, pour faire baisser les dépenses inutiles, a considéré que la prescription systématique du magnésium n’avait pas de raison d’être. La France était le seul pays à la pratiquer, notamment dans le cadre de "bilans complets" à répétition dans un contexte de fatigue.
Le premier train de Références Médicales Opposables (RMO-1992) précisait que la « spasmophilie » ne justifiait en aucun cas le dosage du magnésium.
Le texte définissait alors cette maladie, encore absente des dictionnaires médicaux, comme un tableau clinique associant trois symptômes : "fatigue", "neurodystonie" et "angoisse".
Selon notre analyse, on pourrait compléter ce tableau par un quatrième signe : le caractère volontariste des malades (ce caractère résistant leur permet de se battre longtemps tous seuls contre leur maladie). En témoigne le refus inconditionnel de tout arrêt maladie dès que la crise est passée.
Ces personnalités souvent altruistes et hyperactives donnent lieu à des associations de type "Mère Térésa" ...



La majorité des crises aiguës s’améliorent spontanément en moins d’une heure...
Pour un médecin urgentiste, la « spasmophilie » (ou tétanie) n’est pas une "urgence vraie" et il est relativement facile de faire le point par téléphone : aucun danger vital, niveau de gravité : zéro...
On peut pourtant envisager trois conséquences à l’absence de prise en charge :
En l’absence d’une prise en charge intégrée qui tienne compte du sommeil, le malade risque de voir se succéder les différentes étapes naturelles de la maladie.
Lire l’article : Train du "syndrome d’hyposommeil".

Il n’y a malheureusement que très peu d’études épidémiologiques sur la spasmophilie car (à l’instar de syndromes analogues) la réalité de cette maladie est encore mise en doute (considérée comme maladie psychiatrique).
Selon les classifications en vigueur (le fameux "DSM4", classification américaine des maladies mentales), la spasmophilie est une forme d’angoisse pathologique.
Alors que la personne se sent complètement épuisée, la crise correspond à un excès d’éveil cérébral.
Il y a 2 moyens de faire baisser ce niveau d’éveil cérébral :
aller marcher au moins 20 minutes pour augmenter les dépenses d’énergie et décharger cette tension nerveuse excessive
prendre un calmant quelconque
En pratique, la crise s’arrête dès lors qu’un sédatif est assez puissant pour "couper le son". Lorsqu’elle est difficile à contrôler, les benzodiazépines comme le valium° ou autre lexomil° sont très efficaces, bien qu’il n’y ait jamais de risque à s’en passer...
Il s’agit là, d’ailleurs, d’un véritable test diagnostique : la remarquable efficacité des benzodiazépines dans cette situation (à dose unique mais suffisante) confirme le caractère neurodystonique du malaise et doit orienter vers une prise en charge chronobiologique.
Selon nous, chaque crise a valeur de signal "d’hyposommeil" décompensé, et si la cause (l’inefficacité du sommeil) n’est pas prise en charge, la crise peut se renouveler "sans prévenir" à toute occasion.
Ce caractère imprévisible des troubles peut être à l’origine de véritables phobies sociales ou agoraphobies. (Cf. l’article Troubles phobiques).
Vous pouvez réagir ou échanger sur le forum du site.

[1] Les critères diagnostiques du DSM-IV classent les troubles anxieux en onze catégories : trouble panique avec ou sans agoraphobie, agoraphobie sans antécédent de trouble panique, phobie spécifique, phobie sociale, trouble obsessionnel-compulsif, état de stress post-traumatique, état de stress aigu, anxiété généralisée, anxiété due à un trouble somatique et trouble anxieux non spécifié.
[2] Ces trois pathologies (migraine, lombalgie, colopathie), engagent à elles seules et en pure perte, des dépenses de santé considérables.