Sommeil et médecine générale
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Agrypnie

L’agrypnie est le terme médical utilisé pour désigner l’absence totale de sommeil.

Ce symptôme extrêmement rare est associé à certaines maladies dégénératives qui détruisent les centres régulateurs du sommeil.

Les enseignements tirés de l’observation de ces troubles peuvent aider à la prise en charge cognitive et comportementale de l’insomnie.

Contrairement à l’insomnie qui affecte une personne fatiguée et qui souhaite (donc) dormir (mais sans y parvenir), ici, le malade ne "veut" pas dormir, il en est tout simplement incapable, "il n’a pas sommeil".


Lire ici l’article tiré du site universitaire de Lyon, Inserm -Cnrs.

Sur un cas d’agrypnie (4 mois sans sommeil) au cours d’une maladie de Morvan.

Laboratoire d’Exploration Fonctionnelle du Système Nerveux, Hôpital Neurologique et Département de Médecine Expérimentale, Université Claude Bernard, 69394 Lyon (France)

"Les insomniaques sont légion. Cependant, lorsqu’on les soumet à l’épreuve de l’enregistrement polygraphique, ils deviennent alors de mauvais dormeurs (300 min de sommeil environ). Cette performance est également le cas des petits dormeurs.
Il n’existe que peu de cas d’insomnie totale de courte durée, vérifiée par l’électroencéphalographie dans des affections centrales toxiques ou traumatiques.
D’un autre côté, la privation totale volontaire de sommeil, vérifiée sous contrôle polygraphique, a ses limites et ses records - 264 h.
Pourtant, dans la littérature neurologique, on trouve relatées des observations d’encéphalite avec insomnie de longue durée (Von Economo) et l’insomnie totale constitue le symptôme majeur d’affections rares comme la chorée fibrillaire de Morvan ou l’acrodynie.
Est-il possible que certains malades puissent rester sans dormir pendant des semaines, voire des mois ? La réponse à cette question est affirmative.
Nous résumons, en effet, ci-dessous, l’observation d’un malade de 27 ans, atteint de chorée fibrillaire de Morvan, dont nous pouvons affirmer qu’il ne dormit pas pendant au moins 4 mois. Ce cas est d’autant plus exceptionnel que cette insomnie, qui n’entraîna ni troubles de l’attention, ni troubles de la mémoire, s’accompagna d’hallucinations nocturnes remarquables. Enfin, l’effet curateur malheureusement non définitif du traitement au 5-hydroxytryptophane (5-HTP) permet d’émettre quelques hypothèses sur les mécanismes de cette insomnie qui est la plus longue vérifiée de façon presque permanente par des contrôles polygraphiques."

Il n’existe, à notre connaissance, qu’une dizaine de cas d’agrypnie dont seulement deux ou trois sont contrôlés par enregistrement continu de longue durée.

Cette observation unique appelle quelques commentaires.

  • Elle fait apparaitre des capacités de résistance insoupçonnées. Le cerveau se montre capable de se passer totalement de sommeil durant de longues périodes sans perturbations notables, alors que, d’un autre côté, en situations de privation instrumentale de sommeil, les performances s’effondrent en quelques jours.
  • L’évolution de l’agrypnie est malheureusement fatale, mais les fonctions physiologiques restent stables durant plusieurs mois alors que la privation expérimentale totale de sommeil peut entraîner la mort en quelques semaines.
  • Contrairement aux expériences de privation de sommeil, où l’on constate un effondrement rapide des performances et de la vigilance, le sujet atteint d’agrypnique conserve un quotient intellectuel quasi normal durant plusieurs semaines et ne souffre ni de somnolence ni de troubles de la mémoire !
    Nb : On décrit toutefois quelques épisodes d’hallucinations la nuit (ce qui témoigne de la persistance d’un rythme circadien du sommeil paradoxal).
    Voir, à ce sujet l’article du site sur les "hallucinations du sommeil".
  • Dans un tout autre contexte, l’insomnie sévère s’accompagne d’une sensation subjective de manquer de sommeil. mais il apparait au travers des enregistrements que le sujet présente (parfois à son insu) des épisodes de sommeils largement suffisants pour ne pas être en danger.
    L"insomnie n’est jamais mortelle. (Cf. "Vouloir Dormir").

    Finalement, on ne comprend pas grand chose.

    L’observation des cas d’agrypnie souligne les limites des expériences de privation artificielle de sommeil.
    Il est, en pratique, très difficile de comprendre ce qui conduit à la mort. Le stress induit par l’expérience elle-même ou véritablement les conséquences du manque de sommeil, et si oui, à travers quels mécanismes ?

    L’évolution de cette maladie soulève de nombreuses questions et montre les limites des connaissances actuelles sur le rôle du sommeil.


    Nul ne sait encore exactement quelles sont les fonctions du (on devrait plutôt dire "des") sommeil.

    Son domaine d’action s’élargit chaque jours à travers les publications scientifiques. Il s’étend de l’équilibre alimentaire à la sexualité, en passant par l’immunité et les maladies métaboliques ou dégénératives.
    Son importance est reconnue dans le diabète, l’obésité et les maladies cardiaques. Il joue probablement un rôle dans l’apparition des cancers.

    Le repos physique (allongé sans dormir) et l’alimentation sont, en eux-même, suffisants pour restaurer les réserves métaboliques. Mais l’organisme impose cette mise en suspension de la conscience (et donc une période de vulnérabilité) pour assurer son bon fonctionnement.

    Ainsi, le sommeil apparait plus important que la nourriture.
    La privation totale de sommeil est plus rapidement fatale que le jeûne complet (il se produit des troubles de la thermorégulation, de l’alimentation, des perturbations de la peau et des muqueuses, et des troubles immunitaires entraînant la mort).

    Malgré les progrès de la médecine, la fonction du sommeil reste donc une des grandes dernières inconnues de la physiologie humaine.

    On a parlé d’une "fonction orpheline".

  • P.-S. 
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    Quelques liens externes pour en savoir plus...




    Auteur | Contact | Copyleft | Traductions | derniere modif 28 janvier 2009.