"Ne croyez donc jamais d’emblée au malheur des hommes. Demandez-leur seulement s’ils peuvent dormir encore ? ...Si oui, tout va bien. Ça suffit."
Louis Ferdinand Destouches dit Céline "Voyage au bout de la nuit", 1932.
L’insomnie est la maladie de celui qui souffre de rester éveillé alors qu’il souhaiterait dormir, en général, pour d’excellentes raisons.
Cette souffrance est majorée par la conjonction de trois facteurs :
Nb. "La seule façon de guérir le sommeil c’est d’en bien comprendre le fonctionnement" (Cf. le forum du site).
L’insomnie est d’abord une plainte : La personne observe qu’elle dort mal et s’en plaint.
Cependant dormir mal ou peu ne signifie pas toujours être insomniaque : il existe de petits dormeurs et des gens qui raccourcissent leur nuit sans problème. Dans la mesure où il n’y a pas de plainte, il n’y a pas lieu de parler d’insomnie.
La différence est-elle uniquement psychologique ?
Non, car il n’y a pas de profil type de personnalité propre aux individus qui souffrent d’insomnie.
Cependant, des études montrent qu’ un certain nombre de caractéristiques ou de traits psychologiques semblent prédisposer à la maladie :

La plupart des maladies psychiatriques s’accompagnent de troubles importants du sommeil.
L’insomnie peut conduire à révéler des troubles psychologiques, qu’une consultation auprès de médecin psychiatre mettra en évidence par l’intermédiaire de l’interrogatoire ou de tests.
Insomnie initiale ? de maintien ? terminale ?

Déjà une heure du matin. Pourtant Mathéo s’est couché tôt hier soir.
Cela fait trois heures qu’il essaie de dormir.
D’habitude, il met longtemps à s’endormir mais il reste au lit car il pense que ça le reposera toujours un peu.
Il a bu une tisane pour dormir, avec quelques cachets à base de plantes... Il a essayé de faire le vide, de compter les moutons, de se concentrer sur sa respiration... en vain.
Il a entendu tous les bruits du quartier, l’horloge du voisin, le bruit du réfrigérateur, le tic tac du réveil.
Aucune technique ne semble pouvoir le débarrasser des idées qui tournent sans cesse dans sa tête. Au contraire, il devient de plus en plus éveillé et anxieux, tournant et retournant dans son lit, à la recherche d’une position confortable propice au sommeil.
Deux heures... trois heures... il calcule combien de temps il lui reste avant de devoir se lever pour aller travailler. Quand le réveil sonne au petit matin, il se sent totalement épuisé et se lève avec l’impression de ne pas avoir fermé l’œil.
Les jours de congés, il profite de ce sommeil du matin pour récupérer. Mais... depuis quelques temps, il n’arrive plus toujours à dormir !
Par moment Mathéo se demande s’il va devenir fou.

La nuit, Ferdinand perd tout son temps.
Le soir, dès qu’il le peut, il se couche, épuisé, et s’endort en cinq minutes. Mais sans aucune raison apparente il se réveille presque toutes les heures.
Quelquefois il arrive à se rendormir ; il fait d’ailleurs très attention à ne pas trop bouger pour ne pas se réveiller complètement.
Il éprouve parfois beaucoup de difficulté à se rendormir mais il reste quand même au lit. Il jette un œil sur le réveil, une fois, dix fois...
Plus rarement, il se lève, passe une partie de la nuit debout, mais s’énerve à imaginer la journée qui l’attend et le probable degré d’épuisement... Il se met en colère contre lui-même et se demande ce qu’il fait debout alors que tout le monde dort. Il finit par se recoucher vers cinq ou six heures du matin et, quand le réveil se fait entendre, il doit faire un effort surhumain pour sortir du lit.
C’est décidé, demain Ferdinand ira en parler à son médecin...

Chaque matin, Mireille se réveille sans pouvoir se rendormir.
Elle s’endort le soir en général facilement (elle prend parfois un petit comprimé) mais ne dort jamais plus de cinq ou six heures.
Au petit matin, elle entend les bruits de la rue, elle va aux toilettes puis retourne se coucher, espérant se rendormir avant que le réveil ne sonne pour aller à son travail.
Mireille panique, ses pensées sont pessimistes... elle n’arrivera pas à tenir longtemps comme cela, mais comment faire avec la maison, les enfants, les courses... ?
Elle rêve, elle pense, elle ne sait plus, mais son esprit occupé à ces tracasseries pendant tout ce temps-là.
Quand le réveil sonne, elle pense qu’elle ne dormait pas et se sent fourbue, lourde et raide et plus fatiguée que la veille pour commencer la journée.
Sa voisine lui a dit qu’elle faisait une dépression et qu’elle devrait en parler à son médecin...
En fait, il n’y a pas une seule façon de définir l’insomnie. Il y a de nombreuses différences individuelles quant au besoin de sommeil. Certains très courts dormeurs consultent parce qu’ils ne supportent pas de dormir moins que leur conjoint... alors qu’ils ne présentent aucun trouble (ni somnolence ni troubles fonctionnels). Chez eux, les vrais problèmes apparaissent en cas d’utilisation intempestive de somnifères !
L’insomnie résulte du décalage entre le vécu subjectif du sommeil (délai d’endormissement, continuité et durée) et les attentes en terme de satisfaction et d’efficacité (sensation de repos, performance et vigilance dans la journée du lendemain).On a pris l’habitude de distinguer deux types d’insomnie bien que pouvant prendre des formes très diverses...
Les sondages montrent que :
Il y a plusieurs causes susceptibles de perturber le sommeil : psychiatriques, médicales, pharmacologiques, environnementales...
Certaines personnes sont plus vulnérables que d’autres, mais pratiquement tout le monde peut développer des troubles du sommeil en présence de certaines situations éveillantes.
C’est l’insomnie occasionnelle ou réactionnelle. Une telle insomnie est en général limitée dans le temps.
Cependant, dans certains cas (comme le deuil par exemple), la douleur morale accompagnée d’angoisse laisse, au contraire, au sujet qui espère dormir pour oublier ses soucis, le souvenir cuisant d’une véritable "nuit blanche".
Le plus souvent, la personne s’endort en fin de nuit et le réveil au matin est particulièrement teinté d’idées noires (le sommeil de rebond est la plupart du temps dépressogène...).
Pour autant, les expériences montrent que les performances de la personne ne sont pas affectées par ce type d’insomnie (en dehors de la prise d’un sédatif).
La privation partielle de sommeil qu’elles occasionnent apparaît donc plutôt comme un moyen naturel de défense et de « cicatrisation des soucis ».

Toutefois, chez bon nombre de personnes, les troubles persistent. C’est alors que les « facteurs psychologiques » jouent un rôle majeur quant au développement de l’insomnie qui risque de peu à peu se chronisiser.
Les « facteurs psychologiques » désignent ici des comportements, des attitudes, des croyances concernant le sommeil, qui ont tendance à entretenir le trouble. Ce type d’insomnie qui va vers la chronisisation est qualifiée par les anglo-saxons de "learned insomnia" : insomnie « apprise ».

La réaction en chaîne ou la cascade qui entretient et aggrave peu à peu l’insomnie...

et... c’est...
Voir ici la suite de l’article : gestion personnelle de l’insomnie.
Ce site propose un questionnaire interactif de dépistage des troubles du sommeil :Ce texte s’inspire librement des principes de Thérapie cognitive et comportementale TCC appliqués à l’insomnie et exposés par le Professeur Charles M. MORIN (spécialiste du sommeil à l’université Laval de Québec). Nous recommandons son ouvrage (destiné au grand public) : "Vaincre les ennemis du sommeil" (Marabout santé 3599). Écouter une interview de M. Morin
