Sommeil et médecine générale
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Chronobiologie de la sieste

La sieste est la clef de voûte de l’équilibre chronobiologique du sommeil


La sieste est un "somnicament" puissant, mais à double tranchant, et qu’il faut savoir manier avec précaution car le besoin de dormir en début d’après-midi est naturel pour certains mais anormal chez d’autres.
Même si elle est salutaire, la pratique de la sieste ne doit pas contribuer à masquer une somnolence pathologique [1].
Ailleurs (notamment chez l’enfant), elle peut contribuer à entretenir une insomnie.

Le besoin excessif de sieste dans la journée doit avant tout conduire à s’interroger sur son rythme de vie : "On met en avant l’intérêt de la sieste dans les sociétés qui ne dorment jamais".

"Sommeil et médecine générale" consacre quatre articles sur la sieste :


"La sieste est un somnicament à utiliser avec précaution..."

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Sieste (Chunxiao.j)

« Sieste : temps que l’on donne au sommeil, pendant la plus chaude partie du jour... » (Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1863-1872).
Du Latin sexta hora, la sixième heure, qui correspondait chez les Romains à l’heure de midi (la première heure étant celle du lever du soleil).

Cet épisode intentionnel de sommeil possède des vertus bienfaisantes connues depuis le début de l’humanité. C’est donc un sommeil qui soigne.

Mais la découverte, dans les années 1950, par le Pr. Michel Jouvet, d’un type de sommeil qualifié de "paradoxal", et celle des rythmes biologiques internes lors des expériences spéléologiques hors du temps, de Michel Siffre [2] (1962), ont donné à la sieste une réelle dimension de médicament.

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hygiène de vie ? maladie ? ou choix de vie ?...


À l’instar de l’aspirine, par exemple, ce "somnicament" n’a pas la même valeur :
- selon qu’il est administré à toutes petites doses rapprochées (15 minutes toutes les 2 heures comme chez certains navigateurs solitaires),
- ou au contraire "à la demande",
- ou encore à "forte dose" et même parfois à "dose massive", comme le font volontiers les adolescents le dimanche.

  • Hygiène du sommeil... ?
  • Somnolence pathologique... ?
  • Choix de vie... ?
"Chez nous, dormir au bureau nuit encore gravement à la carrière professionnelle"
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    "ce moment fugitif, où vous avez à peine perdu conscience"
    La sieste flash selon Dali
  • Le peintre Dali faisait une sieste très brève, juste le temps de lâcher la clé qu’il gardait dans sa main (Voir "textes d’auteurs sur le sommeil).
  • L’écrivain Colette dormait autant que son chat jusqu’au soir.
  • Napoléon parfois s’endormait sous sa tente en pleine bataille (parce qu’il manquait de sommeil) au grand dam de ses généraux.
  • Aux Antilles, on fait la "sieste coquine" quand il pleut sur la tôle ondulée...
  • En Chine, c’est un droit constitutionnel depuis Mao (sans doute pour améliorer l’efficacité des travailleurs) : article 49 de la Constitution de 1947 : "Ceux qui travaillent ont droit à la sieste".
  • En occident, c’était une obligation pour les moines bénédictins, d’après la Règle de saint Benoît au VIe siècle.
  • Certaines entreprises comme Apple-France°, se prévalaient d’avoir installé des canapés de repos dans ses bureaux depuis 1990 (mais l’expérience semble avoir été abandonnée, faute de pratiquants... [3]
  • Aux États-Unis comme au Japon, on peut trouver, dans les centres commerciaux, des lieux de sieste tarifés à la minute (15$ pour 20 minutes) et dédiés à la pratique de la sieste courte.
    "La célèbre ville qui ne dort jamais pourrait utiliser les bienfaits « rajeunissants » de la sieste". ("The famous ’city that never sleeps’, could use a rejuvenating nap")  [4]
  • La sieste est plus régulièrement pratiquée dans les pays chauds, aux heures les plus brûlantes de la journée, quand le soleil est au zénith et parce que les habitants se lèvent tôt (« Quand la terre bronze, les hommes n’ont qu’à faire la sieste »dit le proverbe tunisien).
  • De par le décalage des heures du repas du soir, beaucoup de gens en Espagne se couchent tard et se lèvent tôt et doivent compenser leur dette de sommeil par une sieste.
  • De par leurs obligations professionnelles, nombreux sont les agriculteurs et encore plus nombreux les éleveurs qui font la sieste pour "tenir le coup" en été.
  • Selon de récents sondages en France, beaucoup de gens reconnaissent accorder peu de temps au sommeil nocturne.
  • Le manque chronique de sommeil se traduit par une réapparition du besoin de faire la sieste.

    "En cas de doute, ne pas hésiter à demander l’avis de votre médecin ou de votre pharmacien."

    Le mot "sieste" recouvre des concepts très différents selon l’horaire, la durée et les circonstances de l’épisode de sommeil.

    En l’absence de connaissances somnologiques, chacun ayant des besoins et des apports de sommeil très différents et chacun voyant, ici plus qu’ailleurs, "midi à sa porte", comment répondre à la question : Deux sommeils valent-ils mieux qu’un ?

    En condition expérimentale de déficit de sommeil, la sieste a fait la preuve de son extrême efficacité.

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    "3h de sommeil suffisent pour restaurer la vigilance après 72 heures de veille".

    Dans l’étude présentée lors de la conférence du Pr Jouvet (UTS 04/02/2000 - Cf. documents.), on mesure l’effondrement des performances et de la vigilance au cours de 3 jours consécutifs de privation de sommeil.

    On voit bien les fluctuations des deux courbes en rapport avec le cycle de la température et leur modification au fil des jours.
    La pression de sommeil augmente avec la durée de l’éveil, mais reste modulée par le rythme circadien jour/nuit.
    Qu’il fasse jour ou non, après trois jours sans sommeil, les sujets présentent un niveau d’erreur proche de 100%, tandis que leur délai d’endormissement descend en-dessous d’une minute.
    Inversement, il faut bien noter la rapidité spectaculaire de la récupération le 4° jour, après seulement 3 heures de sommeil !



    La sieste est donc recommandée pour restaurer la vigilance et compenser une dette de sommeil occasionnelle.

  • Par contre, elle ne doit pas contribuer à compenser (ou à masquer) une somnolence excessive pathologique, et ainsi, à en retarder le diagnostic : les ronfleurs pathologiques, par exemple, qui souffrent de somnolence diurne excessive, considèrent à tort que leur besoin de sieste est normal.
  • Par ailleurs, la sieste est une contre-indication formelle à l’insomnie. La contre-indication de la sieste dans un contexte d’insomnie se justifie notamment par la "puissance" de la sieste.
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    Effet des siestes "flashs" sur la privation de sommeil chez le navigateur solitaire

    Chez le sujet insomniaque, les siestes sont parfois constituées de sommeil très riche en ondes lentes, sommeil dit de "rebond", comme celui des navigateurs en solitaire, qui parviennent ainsi, grâce à la sieste, à "tenir le coup" en dormant très peu (3 ou 4 heures par nuit).

    Nb.
    - La sieste peut contribuer à aggraver un trouble chronobiologique suite à un décalage horaire. (Cf. Jetlag).
    - Chez les sujets migraineux, elle peut être un facteur déclenchant de la crise. (Cf. Migraine et sommeil).

  • La "clinophilie" est la tendance à passer beaucoup de temps en position allongée (dite déclive).
    En psychiatrie, on rencontre ce symptôme dan un contexte de troubles dépressifs ou psychotiques.
    En somnologie, ce symptôme permet de poser le diagnostic différentiel de somnolence excessive. Le sujet reste allongé et affirme dormir mais l’enregistrement montre qu’en réalité, le sommeil n’est pas augmenté comme il le serait chez un sujet hypersomniaque. (Cf. Hypersomnie).
    Inversement, chez la majorité des sujets insomniaques, on note une forte tendance clinophile vers 18h-20h et/ou le matin quand c’est possible. Le sujet qui souffre de fatigue (mais non pas de somnolence) essaye de se "reposer", même s’il ne dort pas.
    En "somnicologie", ce type de "pseudo-sieste", souvent considérée à tort comme bienfaisante, doit être systématiquement dépistée et proscrite.
    Le traitement de la fatigue repose sur l’utilisation des somnicaments qui stimulent l’éveil (lumière, activité physique, repas, etc...), car la réduction de l’activité durant la journée (même sans dormir), peut s’avérer très nocive pour l’efficacité du sommeil nocturne.

    Un changement radical des mentalités.

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    La sieste au travail ?
    "Dormir au bureau nuit encore gravement à la carrière professionnelle"

    Pendant longtemps, la pratique de la sieste fut considérée comme suspecte. Elle était réservée aux enfants, aux vieillards et aux malades.
    C’est pourquoi les sujets somnolents souffraient en cachette pour ne pas apparaître comme paresseux aux yeux des gens "normaux"...

    Une tendance inverse se développe de nos jours, en réponse aux problèmes de somnolence diurne excessive que l’on rencontre dans les sociétés modernes. Selon une enquête récente, un Français sur trois reconnaît manquer de sommeil.
    Les médecins du sommeil et les Pouvoirs Publics, sensibles aux statistiques des accidents (de la circulation et du travail), ont beaucoup "communiqué" sur le thème de "la sieste comme bonne habitude". On a tenté d’en favoriser la pratique dans les entreprises.
    Mais ce message présente deux inconvénients majeurs :
    - 1/ certaines personnes qui souffrent de somnolence excessive (comme les ronfleurs pathologiques) échappent au dépistage car ils se croient "bons dormeurs" en pratiquant scrupuleusement la sieste.
    - 2/ les sujets insomniaques qui déduisent qu’il faut faire la sieste sont conduits à essayer de dormir dans la journée (parfois sans en avoir totalement conscience, devant la télévision par exemple) et entretiennent ainsi un véritable cercle vicieux car la sieste est une contre-indication formelle à l’insomnie.

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    "La sieste doit demeurer courte et circonstanciée..."

    Les troubles du sommeil sont impliqués dans de nombreuses maladies métaboliques. La sieste protègerait de l’obésité, du diabète, de l’infarctus... [5]

    Une étude menée en Grèce sur plus de 6 ans auprès de 20 000 sujets normaux, a montré que le risque de mourir des suites d’une maladie coronarienne diminuait de 37 % chez les personnes qui pratiquaient quotidiennement la sieste, et de 12 % chez celles qui la pratiquaient occasionnellement. L’habitude de faire la sieste durant la journée de travail semble aider à "contrer les effets du stress chez les travailleurs". (Source).
    Cependant, les auteurs soulignent que ces résultats ne sont pas probants en ce qui concerne le sous groupe constitué par l’ensemble des femmes. Dans cette étude, on ne retrouve aucune différence significative en nombre de décès sur la période considérée.
    Il y a donc un biais, car le besoin de sieste traduit bien, le plus souvent, une privation de sommeil. Il faut en conclure que la population masculine étudiée présente des signes d’insuffisance de sommeil, et que cet état de fait présente un terrain favorable au développement de maladies.
    Alors faut-il vraiment préconiser la sieste ?
    En l’absence de consensus, l’empirisme règne, chacun se donne raison et formule avec autorité des conseils généraux souvent inadaptés aux cas particuliers.

    "À chacun son sommeil, à chacun son conseil"

    La sieste est donc un "somnicament" très efficace pour compenser le déficit de sommeil chronique du travailleur stressé (tout autant que celui du sujet atteint d’apnée du sommeil).
    En langage du travail, l’expression "power napping" montre cette tendance à la réhabilitation de la sieste, qui devient un outil de rentabilité politiquement correct : "travailler plus pour gagner plus".
    En 1990, Apple° France était peut-être trop en avance sur son temps...

    Au final...

    Plus personne ne sait exactement à quoi s’en tenir, alors que les problématiques de sommeil (fatigue, insomnie, somnolence) sont en aggravation constante dans les sociétés modernes.

    "Sommeil-mg" souhaite contribuer à promouvoir les connaissances utiles à tous pour une utilisation rationnelle de la sieste.
    Selon notre définition, la sieste est une arme à double tranchant dont l’usage doit demeurer rationnel et circonstancié.


    LA SIESTE, indications et précautions d’emploi.
    Le "RCP" (Résumé des Caractéristiques du Produit) constitue la source d’information médico-légale destinée aux professionnels.
    La fiche RCP sur la sieste n’existait pas, nous avons décidé de l’inventer pour le site "Smg".

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    Les informations exhaustives, officielles et actualisées sur les somnicaments (sic).

    Le lecteur néophyte pourra, lui, se reporter utilement à la fiche "Didal du particulier" plus concise, et destinée au grand public.

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    Pourquoi pas un véritable dictionnaire pour les "somnicaments" ?

    Dans quel cas et comment utiliser ce "somnicament" ? Quels en sont les effets indésirables et gênants ? Quelles en sont les contre-indications et les précautions d’emploi ?


P.-S. 
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Quelques liens externes pour en savoir plus...
  • Michel Siffre et son horloge de chair.
  • Chronobiologie et luminothérapie , Dr Anna Wirz-Justice (Pdf. 65 pages en anglais, Chronobiologie.ch).
  • Le songe avec une clé de S. Dali. "... vu que vous n’avez pas besoin d’une seconde de plus pour que votre être physique et psychique tout entier soit reposé". Lorsque la clé tombera de vos doigts, le bruit de sa chute sur l’assiette retournée vous réveillera sûrement, et vous pouvez être sûr également que ce moment fugitif, où vous avez à peine perdu conscience, et pendant lequel vous ne pouvez pas être certain d’avoir vraiment dormi, est entièrement suffisant vu que vous n’avez pas besoin d’une seconde de plus pour que votre être physique et psychique tout entier soit reposé.

Notes

[1Certaines siestes sont très suspectes : l’apparition ou la fréquence des siestes chez un sujet atteint d’hypertension ou de surpoids doit conduire à la recherche systématique d’un syndrome d’apnée du sommeil

[2Michel Siffre (jeune spéléologue Niçois de 22 ans) veut d’abord tenter de survivre en milieu hostile (dans le glacier souterrain du gouffre de Scarasson, à 2000 m d’altitude dans les Alpes du Sud), puis il complète son projet par l’étude de la "perte de la notion de temps" : il décide de ne pas emporter de montre pour retrouver le "rythme originel de l’homme". C’est la première expérience d’isolement de longue durée chez l’homme.

[3En réalité, l’engouement pour la sieste au travail n’a pas eu le succès escompté, comme l’explique un employé du groupe : "chez nous, dormir au bureau nuit encore gravement à la carrière professionnelle. A l’époque, trop de médiatisation du sujet a empêché son développement, car dormir au bureau n’est pas dans notre mentalité. De plus, une entreprise qui officialise la sieste dans ses locaux, finit par avoir une mauvaise image de marque".

[4Voir :L’entreprise.com : "Une entreprise Américaine implantée à Manhattan, la société Yelo°, a mis au point des cabines individuelles destinées à cet usage. Ces YeloCabs° sont conçues pour optimiser la micro sieste du citadin pressé et stressé. Chacune des cabines propulse de l’air purifié par un système unique et breveté. La position des jambes (sur la "yelochair°) est étudiée de manière à ce qu’elles se situent toujours au-dessus du cœur, permettant ainsi une meilleure circulation sanguine. Tous les centres Yelo proposent une dizaine de cabines de manière à toujours pouvoir recevoir un client sans rendez-vous. Ce concept gagne du terrain outre-atlantique où l’entreprise ouvre de nouveaux centres de sommeil un peu partout à New-York. Les cadres surmenés, les parents fatigués et les étudiants en plein partiels trouvent ici un bon moyen de recharger facilement, rapidement et sainement les batteries".

[5La sieste peut rapporter gros, selon la National Sleep Foundation, un organisme américain voué à la recherche sur le sommeil. La sieste améliore la productivité au travail. Sa pratique doperait l’économie des États-Unis de 18 milliards de dollars par an en gains de productivité.
Dormir plus pour travailler plus ?




Auteur | Contact | Copyleft | Traductions | derniere modif 13 avril 2011.