Sommeil et médecine générale
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Risques des nouveaux somnifères.

"Ni le pavot, ni la mandragore, ni tous les sirops narcotiques du monde ne te rendront jamais par médecine ce doux sommeil que tu avais hier »
Othello (1604) III, 3, Iago, William Shakespeare.

En mars 2007, aux États-Unis, La Food and Drug Administration (FDA) impose la modification des mises en garde concernant les risques d’allergie et de comportements confusionnels liés à l’usage des nouveaux somnifères.
Des études de suivi sont en route pour préciser le risque spécifique des somnifères de nouvelle génération, qui sont parmi les plus utilisés.



"La plupart des médicaments d’aide au sommeil disponibles sur prescription médicale sont bien tolérés et efficaces pour beaucoup de gens" a dit Steven Galson, M.D., M/H, directeur pour l’évaluation et la recherche de médicaments de la FDA (Food and Drug Administration).

"Cependant, après avoir passé en revue les rapports d’effets indésirables pour ces produits, la FDA a conclu que des changements importants sont nécessaires pour informer les fournisseurs et les consommateurs au sujet des risques potentiels spécifiquement liés à leur utilisation et qui peuvent se produire dès la première utilisation."

  • - Ces risques incluent d’une part des réactions allergiques parfois graves (choc anaphylactique) et œdème de Quincke (gonflement facial), heureusement très rares.
  • - On observe d’autre part, et semble-t’il assez fréquemment, des épisodes apparemment confusionnels que l’on appelle : comportements somnambuliques complexes.
    Le comportement somnambulique complexe est défini comme la capacité à effectuer des tâches sous l’effet du somnifère, en état de demi-éveil et avec possible amnésie totale de l’événement (lorsque le produit cesse d’agir).

  • La FDA a demandé, en mars 2007, que chaque fabricant de produits sédatifs-hypnotiques informe par courrier les professionnels de santé au sujet de ces nouveaux avertissements.
    • En outre, la FDA a demandé aux fabricants de développer des brochures pour informer les consommateurs au sujet des risques et pour les conseiller sur les éventuelles mesures à prendre.
    • Ces brochures seront offertes aux patients, aux familles et aux autres professionnels de santé à l’occasion de toute prescription.
    • Elles contiendront les avertissements de la FDA pour une utilisation appropriée en insistant sur la recommandation d’éviter l’alcool et/ou d’autres dépresseurs du système nerveux central.
    • Quand ces brochures seront disponibles, les patients devront lire l’information avant de prendre le produit et parler à leurs médecins s’ils ont des questions ou des soucis.
    • Les patients ne devraient pas poursuivre l’utilisation de ces médicaments sans consulter d’abord leur fournisseur de santé.
    • Bien que tous les produits sédatifs ou hypnotiques présentent potentiellement les mêmes risques, il peut y avoir des différences parmi des produits. Pour cette raison, la FDA a recommandé que les fabricants de ces médicaments entreprennent des études cliniques pour étudier la fréquence de survenue des épisodes de comportements somnambuliques complexes survenus en association avec différentes médications.

    NB. Parmi les 13 produits concernés par cette mise en garde spéciale, deux seulement sont commercialisés en France, le très connu Stilnox° (en position de leader) et l’Halcion° qui est beaucoup moins prescrit de nos jours car il devenait une véritable drogue pour ces utilisateurs (effet "addictogène").

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    Les 13 produits concernés par cette modification de mise en garde de la FDA :

    Zolpidem/Ambien (Sanofi Aventis) STILNOX° (IVADAL°)
    Sodium de Butisol (Medpointe Pharm HLC)
    Carbrital° (Parke-Davis)
    Dalmane° (Valeant Pharm)
    Doral °(Questcor Pharms)
    Halcion° (Pharmacia et Upjohn)
    Lunesta° (Sepracor)
    Placidyl° (Abbott)
    Prosom° (Abbott)
    Restoril° (Tyco Healthcare)
    Rozerem° (Takeda)
    Seconal° (Lilly)
    Sonata° (King Pharmaceuticals)

    En France, la durée des prescriptions de médicaments préconisés dans l’insomnie ne doivent légalement pas dépasser un mois.
    En pratique cette limitation à quatre semaines n’est pas souvent respectée. (Nda. et c’est réellement peu de le dire !).

    Comportements somnambuliques complexes...

    "Ont été rapportés pendant le sommeil des épisodes comme la conduite de véhicule, le passage d’appels téléphoniques, la préparation et la consommation de nourriture et des comportements délictueux". (FDA) .

    Les comportements somnambuliques complexes induits par les nouveaux somnifères ne sont pas exceptionnels et peuvent avoir des conséquences juridiques chez des personnes qui affirment ne jamais avoir eu d’antécédents somnambuliques.(cambriolage ou attentats aux mœurs)

    Pour exemple, selon notre analyse, l’animateur JL Delarue en a été probablement la victime médiatisée. (Voir l’article : "sexsomnie", sur les comportements involontaires et à connotation sexuelle qui traduisent une anomalie du sommeil).


    Nous avons été, depuis sa mise sur le marché, le témoin direct de quelques anecdotes directement imputable à ce somnifère :
    - cet ami accoucheur dérangé dans son sommeil qui, au matin, reprogrammait l’accouchement qu’il avait déjà fait.
    - une patiente préférait "rester insomniaque" car elle s’apercevait au matin qu’elle se faisait à manger durant la nuit et qu’elle prenait du poids !
    - l’entourage a eu très peur parce que la personne s’est mise à parler toute seule (aux Antilles Françaises, on dit "déparler"), ou à des gens qui n’étaient pas là.
    - coups de téléphone, déambulation en petite tenue...


    Les cris (somniloquie) ou les rêves très élaborés (cauchemars extrêmement vivaces) sont des effets secondaires assez fréquents (mais rarement rapportés spontanément).
    Nb : Ces événements indésirables peuvent survenir lors de la première prise et en dehors de toute contre-indication particulière.Le risque d’intolérance n’est donc pas prévisible lors de la première prise.

    Ces produits sont souvent présentés aux médecins par les visiteurs médicaux, pour un usage "occasionnel" ou en "première intention" et lors "d’insomnies passagères".
    Le comble de la désinformation est atteint lorsqu’on laisse dire qu’il faudrait en prendre au cours d’un voyage !, C’est le pire service qu’on puisse rendre à quelqu’un. Les somnifères à actions rapide présentent quatre inconvénients majeurs qui en font une contre indication formelle pour un usage occasionnel au cours d’un voyage :
    1/. risque de vertige et de somnolence en cas d’impondérables toujours fréquents sur la durée (repas, miction).
    2/. risque d’intolérance (confusion, délire) fortement accru du fait de la demi vie courte et de la prise occasionnelle.
    3/. risques liés à la déshydratation et à l’immobilité (crampes, torticolis, constipation, colique néphrétique, phlébite...
    4/. risques liés à une aggravation du jetlag +++ (Cf.).


    Publicité grand public à peine voilée pour des somnifères bien connus qui en 2007, était diffusée sur les radios, la presse et la télévision française :


    Sans traitement : un malade insomniaque sera somnolent et inefficace dans la journée...
    « l’insomnie, c’est pas une vie... Parlez-en à votre médecin ! »
    Grâce au traitement : l’ancien insomniaque est enfin heureux performant et dynamique !
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    Presse médicale :
    "Bonne nuit, bon réveil"


    Nous considérons qu’il serait souhaitable que les pouvoirs publics (L’agence du Médicament, L’Afssaps) et les sociétés savantes (l’Institut National Sommeil et Vigilance, SFRMS) prennent davantage position en avertissant plus clairement les consommateurs et les prescripteurs sur les risques de ces molécules.

    Il y a là une inertie qui soulève des interrogations : Naîveté des prescripteurs ou puissance de certains lobbys ?
    En faculté, on apprend aux médeins à remédier au mal par des remèdes, mais l’insomnie n’est guère enseignée pour ne pas dire moins.
    Voir un excellent reportage de Canal+ (sur Dailymotion) "tranquillisants, l’over dose" ->http://www.dailymotion.com/video/x4ojtp_tranquillisants-loverdosey-extrait_news].

    Rappel : « Tout professionnel de santé ayant constaté un effet indésirable grave (soit entraînant ou prolongeant une hospitalisation, soit entraînant une incapacité ou des séquelles, soit mettant en jeu la vie du patient ou entraînant le décès) et/ou « inattendu » (non répertorié dans les mentions légales) doit en faire la déclaration au Centre Régional de Pharmacovigilance » (décret du 13 mars 1995).


    En France, contrairement à beaucoup de pays qui l’ont notifié depuis déjà une dizaine d’années (Australie, Canada), les réseaux de pharmacovigilance ne semblent pas voir "remonter" l’information car la plupart des victimes de ces états confusionnels (aux conséquences heureusement souvent bénignes) choisissent naturellement d’éviter d’utiliser le produit, mais ne parlent pas souvent spontanément de l’incident au prescripteur.

    Usage détourné fréquent : la "Nonox party"

    L’usage détourné à but « ludique » de cet effet hallucinatoire favorisé par la prise d’alcool semble se répandre chez les toxicomanes à la recherche de sensations fortes (et quasiment en toute légalité).
    Certains sportifs de haut niveau nous ont confié avoir ainsi pratiqué des "Nonox Party" au prétexte que cela ne positivait pas les tests anti-dopage.
    Nous tenons à mettre en garde les intéressés éventuels sur les dangers extrêmement sérieux d’accidents liés à l’usage détourné de somnifères.

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    Echo du Village.org N°151, 2001

    Conclusion
    Rappel et avertissement

    -  Il n’existe pas de véritable somnifère : quelque soit la molécule, les produits qui exercent une action sédative ont tous un effet anti-sommeil puisqu’ils nuisent à l’efficacité du sommeil (le travail de "reset" cérébral nécessaire au bon fonctionnement de l’organisme dans la journée).
    -  Les remèdes n’apprennent pas à dormir : quelque soit la classe médicinale (pharmaceutique, naturels, homéopatiques, traditionnels asiatiques ou bérichons), les remèdes à l’insomnie contribuent TOUS à apprendre à ne pas savoir dormir.
    -  Le contrôle mental n’apprend jamais comment avoir sommeil : quelque soit la méthode : sofrologie, relaxation, yoga, méditation, fukchou (sic), comptage des moutons..., lorsqu’on n’a pas sommeil, TOUTES ces méthodes démontrent à l’intéressé qu’il est impossible de s’endormir à volonté.

    La seule manière d’apprendre à dormir c’est de comprendre le règlement de l’équilibre veille-sommeil, et de savoir ainsi comment intervenir afin de adapter son profil chronobiologique aux impératifs de notre mode de vie.

    Dans le cas contraire, dès qu’on est en situation de "vouloir dormir" sur ordre, et quelle-qu’en soit la méthode, on s’engage dans un long cercle vicieux, fait de malentendus et de pièges à répétitions qui peuvent aboutir à des conséquences dramatiques :

    - Il est notoire que dans un passé proche, les somnifères de la famille des barbituriques ont causés de très nombreux décès par surdosage (cinq fois la dose suffisait !).

    - On sait aussi que le drame mondial du thalidomide (Cf.) d’origine allemande a laissé dans ce pays un très fort engouement pour les médecines alternative au prétexte quelles ne sont pas dangereuses.

    - Depuis une vingtaine d’année, les méthodes "douces" pour dormir connaissent un succès incontestable et représentent un marché considérable, mais les connaissance stagnent et le nombre de malade augmente.

    - Sur les nouveaux téléphones, l’application qui prétend aider à dormir serait parmi les plus téléchargées au monde !

    Au final :
    On apprend officiellement que la mort de Michael Jackson est directement reliée à un tel cercle vicieux d’insomnie et de somnifères qui a très très mal tourné.
    Triste sort ! (la suite sur le Forum du site : "Michael, Johnny... et le cours de l’ail").

  • P.-S. 
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    Quelques liens externes pour en savoir plus...




    Auteur | Contact | Copyleft | Traductions | derniere modif 26 avril 2016.