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Siestesamedi 25 novembre 2006
La sieste est la clef de voûte de l’équilibre chronobiologique du sommeil.
C’est une arme puissante (à double tranchant) qu’il faut savoir manier avec précaution car le besoin de dormir en début d’après-midi est physiologique pour certains mais pathologique chez d’autres.
Attention ! La pratique de sieste ne doit pas contribuer à masquer une somnolence pathologique.
La sieste chez un sujet atteint d’hypertension ou de surpoids doit conduire à la recherche systématique d’un syndrome d’apnée du sommeil (cf.).
Le besoin excessif de sieste dans la journée doit conduire à s’interroger sur son rythme de vie. Plus d’un Français sur deux serait en privation chronique de sommeil.
"Sommeil et médecine générale" consacre trois articles sur la sieste :
- La sieste : indications, contre indications et précautions d’emploi ;
- Notice "Somnicament grand public" ;
- Fiche professionnels de santé "RCP".
"La sieste est un somnicament, lire attentivement la notice"
« Sieste : temps que l’on donne au sommeil, pendant la plus chaude partie du jour... » (Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1863-1872).
Du Latin sexta hora, la sixième heure, qui correspondait chez les Romains à l’heure de midi (la première heure étant celle du lever du soleil).
 Sieste (Chunxiao.j)
Cet épisode intentionnel de sommeil possède des vertus bienfaitrices connues depuis le début de l’humanité. C’est donc un "sommeil qui soigne" mais la découverte d’un sommeil qualifié de "paradoxal" dans les années 50 (par le Pr. M. Jouvet à Lyon) et celle des rythmes internes (1962, expériences spéléologiques hors du temps de Michel Siffre [1] ) ont donné à la sieste une réelle dimension de médicament.
 hygiène de vie, maladie ? ou choix de vie... ?
De la même manière qu’avec de l’aspirine, ce "somnicament" n’a pas la même valeur selon qu’il est administré à toutes petites doses rapprochées (15 minutes toutes les 2 heures comme chez les navigateurs solitaires) ou, au contraire,"à la demande", à "forte dose" ou même à "dose massive" (comme le font volontiers les adolescents le dimanche).
- Hygiène du sommeil ... ?
- Somnolence pathologique ... ?
- Choix de vie ... ?
- Dali faisait une sieste très brève, juste le temps de lâcher la petite cuillère qu’il gardait dans la main ;
- L’écrivain Colette dormait autant que son chat jusqu’au soir ;
- Napoléon parfois s’endormait sous sa tente en pleine bataille (parce qu’il ne dormait pas assez) au grand dam de ses généraux ;
- Aux Antilles on fait la sieste coquine quand il pleut sur la tôle ondulée ... ;
- En Chine c’est un droit (presque une obligation) constitutionnel depuis Mao qui souhaitait améliorer ainsi l’efficacité des travailleurs (15h/24 ...) ;
- Certaines entreprises comme Apple France, se prévalaient d’avoir installé des canapés de repos dans ces bureaux depuis 1990 (mais l’expérience semble avoir été abandonnée, faute de pratiquant ... [2].
- Aux États-Unis comme au Japon, on peut trouver dans les centres commerciaux des lieux de sieste (très respectables) tarifés à la minute è dédié à la pratique de la "Micro-sieste" ou "sieste flash".
[3]
- La sieste est plus spécialement pratiquée dans les pays chauds, aux heures les plus brûlantes de la journée, quand le soleil est au zénith et parce que les habitants se lèvent tôt ;
- De par le décalage des heures du repas du soir, beaucoup de gens en Espagne se couchent tard et se lèvent tôt et doivent compenser leur dette de sommeil par une sieste.
- De par leurs obligations, beaucoup d’agriculteurs, et encore plus les éleveurs, font une sieste pour "tenir le coup".
"En cas de doute, ne pas hésiter à demander l’avis de votre médecin ou de votre pharmacien. "
Le mot "sieste" recouvre des concepts très différents selon l’horaire, la durée et les circonstances de survenue de l’épisode de sommeil.
En l’absence de connaissances somnologiques, chacun ayant des besoins (et des apports) de sommeil très différents et chacun voyant (ici plus qu’ailleurs) "midi à sa porte", comment répondre à la question :
Deux sommeils valent-ils mieux qu’un ?
En conditions de déficit de sommeil expérimental, la sieste a fait la preuve de son extrême efficacité.
 3h de sieste suffisent pour restaurer la vigilance
Dans cette étude (sur des militaires, présentée par le Pr Jouvet) on mesure l’effondrement des performances et de la vigilance au cours de 4 jours consécutifs sans dormir.
On voit bien les fluctuations circadiennes des deux courbes en rapport avec le cycle de la température et leur modification au fil des jours.
Noter surtout la spectaculaire rapidité de récupération le 4° jour, après seulement 3 h de sommeil et sans que l’on sache encore exactement pourquoi !.
La sieste est donc recommandée pour restaurer la vigilance et compenser une dette de sommeil occasionnelle.
- Par contre, elle ne doit pas contribuer à compenser (et à masquer) une somnolence excessive, et, ainsi, en retarder le diagnostic.
- Une sieste, même très courte, chez l’insomniaque, peut contribuer à entretenir une insomnie durant plusieurs jours !
La puissance de la sieste doit être particulièrement soulignée dans le cadre des prises en charge de l’insomnie.
Chez le sujet insomniaque, les siestes sont parfois constituées de sommeil très riche en ondes lentes, sommeil dit de "rebond", comme le font volontairement les navigateurs en solitaire. Ainsi, paradoxalement, ils parviennent "grâce" à la sieste à "tenir le coup" en dormant très peu (3 ou 4 heures par jour).
 Effet des siestes "flash" sur la privation de sommeil
- La "Clinophilie" est une tendance à passer beaucoup de temps allongé (en position déclive).
En psychiatrie, on considère que c’est un symptôme associé à des troubles dépressifs ou psychotiques.
En somnologie, c’est un diagnostic différentiel de la somnolence excessive. Le sujet reste allongé et affirme dormir mais l’enregistrement montre qu’en réalité, le sommeil n’est pas augmenté comme il le serait chez un sujet hypersomniaque.
Inversement, chez la majorité des sujets insomniaques, on remarque une forte tendance clinophile vers 18-20h et/ou le matin (lorsque c’est possible). Le sujet qui souffre de fatigue (mais pas de somnolence) essaye de se "reposer" mais ne dort pas.
En "somnicologie", ce type de "pseudo-sieste" (souvent considérée, à tort, comme "bienfaitrice"), doit être systématiquement dépistée.
Le traitement de la fatigue repose sur l’utilisation des somnicaments stimulant l’éveil car la réduction de l’activité diurne (même sans dormir) est très nocive pour l’efficacité du sommeil nocturne.
Un changement radical des mentalités .
 La sieste au travail ?
Pendant longtemps, la pratique de la sieste était considérée comme anormale. elle était réservée aux enfants, aux vieillards ou aux malades.
Et les sujets somnolents souffraient en cachette pour ne pas apparaître comme des paresseux aux yeux des gens "normaux" ...
Une tendance inverse se développe de nos jours, en réponse aux problèmes de somnolence diurne excessive que l’on rencontre dans les sociétés modernes. Selon une enquête récente, un Français sur trois reconnaît manquer de sommeil.
Les médecins du sommeil et les pouvoirs publics, sensibles aux statistiques des accidents (de la circulation et du travail), ont beaucoup "communiqué" sur le thème : "La sieste est une bonne habitude".
Mais certaines personnes qui souffrent de somnolence excessive (comme les ronfleurs pathologiques) échappent au dépistage et se croient "bon dormeurs" en pratiquant "religieusement" la sieste.
Et les sujets insomniaques qui ont entendu "qu’il fallait faire la sieste" dorment dans la journée (parfois sans en avoir conscience) et entretiennent ainsi un véritable cercle vicieux.
 "La sieste doit demeurer courte et circonstanciée..."
Une étude menée en Grèce, auprès de 23 681 sujets normaux (sur plus de 6 ans) , a montré que le risque de mourir des suites d’une maladie coronarienne diminuait de 37 % chez les personnes qui pratiquaient quotidiennement la sieste et de 12 % chez celles qui le faisaient à l’occasion. L’habitude de faire la sieste durant la journée de travail peut aider à contrer les effets du stress chez les travailleurs. (Source).
Voilà une information qui peut être mal interprétée :
La sieste protège de l’obésité, du diabète, de l’infarctus... facilite la digestion et ... améliore la productivité [4] .
Pourtant, les auteurs soulignent que l’étude n’a pas pu faire ressortir de résultats probants pour les femmes (faute de décès en nombre suffisamment significatif sur la période considérée, contrairement aux travaillieurs...).
La sieste est donc un somnicament destiné à compenser le déficit de sommeil chronique du travailleur stressé (ou du sujet atteint d’apnée du sommeil).
En langage du travail d’ailleurs, l’expression "power napping" montre cette tendance à la réhabilitation de la sieste qui devient un outils de rentabilité politiquement correct. (En 1990, Apple France était trop en avance sur son temps).
En l’absence de consensus, l’empirisme règne, chacun se donne raison et formule avec autorité des conseils généraux souvent inadaptés aux cas particuliers.
"À chacun son sommeil à chacun son conseil"
Au final, plus personne ne sait exactement à quoi s’en tenir ...
.. alors que les problématiques de sommeil (fatigue, insomnie, somnolence) sont en aggravation constante dans les sociétés modernes.
"Sommeil-mg souhaite contribuer à promouvoir les connaissances utiles à tous pour une utilisation rationnelle de la sieste :
Selon notre définition, la sieste est une arme à double tranchant dont l’usage doit demeurer rationnel et circonstanciée.
LA SIESTE, indications et précautions d’emploi.
 Dictionnaire "DiDal-Smg°"
Les informations exhaustives, officielles et actualisées sur le médicament.
Le "RCP" (Résumé des Caractéristiques du Produit) constitue la source d’information médico-légale destinée au professionnel de santé.
La fiche RCP sur la sieste n’existait pas, nous avons décidé de l’inventer pour le site "Smg".
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Le lecteur néophyte pourra, lui, se reporter utilement à la fiche "Didal du particulier" plus concise, et destinée au grand public.
 Le dictionnaire DiDal des somnicaments
Dans quel cas et comment utiliser ce "somnicament ? Quels en sont les effets non souhaités et gênants ? Quelles en sont les contre-indications ?
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Notes[1] Michel Siffre (jeune spéléologue Niçois de 22 ans) veut d’abord tenter de survivre en milieu hostile (dans le glacier souterrain du gouffre de Scarasson, à 2000 m d’altitude dans les Alpes du Sud), puis il complète son projet par l’étude de la "perte de la notion de temps" : il décide de ne pas emporter de montre pour retrouver le "rythme originel de l’homme". C’est, la première expérience d’isolement de longue durée chez l’homme.
[2] "chez nous", dormir au bureau nuit encore gravement à la carrière professionnelle. A l’époque, trop de médiatisation du sujet a empêché son développement, car dormir au bureau n’est pas dans notre mentalité. De plus, une Entreprise qui officialise la sieste dans ses locaux, finit par avoir une mauvaise image de marque"
[3] "la « micro sieste » ne doit pas dépasser quelques minutes voir quelques dizaines de minutes tout au plus.
En effet, une entreprise Américaine implantée à Manhattan, la société Yelo à mis au point des cabines individuelles destinées à cet usage. Ces YeloCab sont conçues pour optimiser la micro sieste du citadin pressé et stressé. Chacune des cabines propulse de l’air purifié par un système unique et breveté. La position des jambes est étudiée de manière à ce qu’elles se situent toujours au-dessus du cœur, permettant ainsi une meilleure circulation sanguine. Tous les centres Yelo proposent une dizaine de cabines de manière à toujours pouvoir recevoir un client sans rendez-vous. Ce concept gagne du terrain outre-atlantique où Yelo ouvre de nouveaux centres de sommeil un peu partout à New York. Les cadres sur-bookés, les parents fatigués et les étudiants en plein partiels trouvent ici un bon moyen de recharger facilement, rapidement et sainement les batteries". (Source.
[4] La sieste peut rapporter gros, selon la National Sleep Foundation, un organisme américain voué à la recherche sur le sommeil. Une sieste au boulot généralisée dans les milieux de travail doperait ainsi l’économie des États-Unis de 18 milliards de dollars par an en gains de productivité. Dormir plus pour travailler plus ?
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