"Un enfant bien éveillé peut garder Hercule dormant"
ALAIN (Émile-Auguste Chartier - 1868-1951) / Les idées et les âges, 1927.
"Pouvoir" dormir : ne pas être somnolent, pouvoir maintenir une vigilance suffisante durant la journée.
En France, la somnolence excessive serait impliquée directement dans un tiers des accidents mortels sur autoroutes tandis que 4% des conducteurs interrogés reconnaissent avoir eu, dans l’année, un presque accident lié à un endormissement au volant. (Cf. Enquête 2009 de l’ASFA, Association des Sociétés Françaises d’Autoroutes).
Cette pathologie silencieuse qui pose un grave problème de santé publique reste encore largement sous diagnostiquée.
Selon les récents résultats de l’enquête 2008 de la Sleep Fondation Association, la somnolence excessive ne pose pas seulement un problème de manque de forme, elle peut affecter l’humeur, les relations humaines, le travail et la qualité de vie :
* 36% des Américains souffrent de somnolence au volant ;
* 29% s’endorment ou tombent de sommeil au travail ;
* 20% disent avoir trop sommeil pour s’intéresser à la sexualité :
* 14% déclarent avoir manqué, dans le mois écoulé, une réunion de famille, un rendez-vous professionnel, ou un loisir important par manque de sommeil.
Chacune de ces conséquences semblent donc avoir un énorme impact en terme de santé et de bonheur personnel.
Mais le risque le plus sérieux est celui qui concerne la somnolence au volant d’un véhicule. L’enquête révèle qu’au moins 36% d’adultes Américains ont reconnu avoir somnolé en conduisant dans l’année.
La somnolence et la conduite ne se mélangent pas !
(Sources, Sleepfoundation.org : "Sleepiness and driving do not mix").Plan de page :
- Une véritable urgence
L’excès de pression de sommeil peut résulter de quatre situations :
- Le sommeil est il insuffisant par privation ?
- Le sommeil est-il empêché par une maladie extérieure ? (Apnée, impatience des jambes ...).
- Le besoin de sommeil est-il excessif ?
- Le sommeil est-il dégradé par une parasomnie ? (une pathologie intrinsèque au sommeil), comme le somnambulisme ou les mouvements périodiques par exemple.
- Un signal fort : le bâillement
Somnolence physiologique pour une petite sieste devant la TV ?
Somnolence excessive pendant les cours, dans le bus ou chez le coiffeur... ?
Somnolence pathologique (aux conséquences dramatiques) sur l’autoroute ... ?
Télécharger en format Pdf. deux questionnaires pour évaluer la somnolence :
- Échelle de somnolence d’Epworth ; Pour dépister la Somnolence chez l’adulte.
- Échelle de Somnol-enfance-smg° ; Pour dépister la Somnolence chez l’enfant.
En laboratoire du sommeil, la somnolence diurne se confirme objectivement par l’enregistrement des délais d’endormissement au cours de tentatives de siestes, répétées toutes les deux heures. (Cf : "TILE" : tests itératifs de latence d’endormissement). La moyenne des 5 résultats définit un seuil de somnolence pathologique.
Autrement désignée sous le terme "Excès de Sommeil", la Somnolence Diurne Excessive (SDE) est le premier des signes évocateurs d’un trouble du sommeil.
Il faut donc savoir discerner ce que signifie un symptôme aussi banal que la sieste ou la "faculté" de s’endormir" à la demande", et ne pas sous-estimer la SDE dont les conséquences peuvent être graves. L’utilisation des examens complémentaires selon un "arbre décisionnel" bien codifié, doit conduire à déterminer l’origine d’une SDE.
La confirmation d’un excès de somnolence impose un diagnostic.
L’enquête clinique et les examens complémentaires doivent permettre de comprendre la raison pour laquelle le sujet n’arrive pas à satisfaire ses besoins de sommeil.
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- Le sommeil est-il INSUFFISANT ?
L’insuffisance de sommeil est la principale cause de somnolence diurne. Ce problème concernerait 10% de nos contemporains.
- Trop de travail ...
L’interrogatoire, complété éventuellement par l’observation d’un agenda (Cf."Agenda Veille-Sommeil"), permet souvent de mettre en avant les éléments trop néfastes pour le sommeil :
- À la suite de privations volontaires de sommeil d’origines diverses souvent ludiques (internet, vidéos, jeux en réseau).
- Parce que l’environnement du dormeur est incompatible avec le sommeil (surtout chez le petit enfant : la télévision, les frères et sœurs ...), problèmes de bruit (promiscuité), température, couchage ...
- Lors de "quiproquos" concernant l’hygiène du sommeil (horaires décalés) aboutissant à des décalages des périodes de sommeil en dehors des heures normales et la constitution de dettes de sommeil.Cf "Décalage de Phase"
L’observation des rythmes de vie sur un agenda aident à corriger les comportements contre performants.Nb :Il est important d’arriver à bien distinguer la différence entre la sensation de fatigue et la sensation de somnolence.
Voir l’article du site :"Fatigue ou somnolence ?".
Le sujet insomniaque, par exemple, est souvent plus fatigué que somnolent, et la pratique de la sieste dans ce contexte ne peut qu’aggraver l’insomnie.
- Le sommeil est-il EMPÊCHÉ ? Le sommeil est-il empêché par un problème extérieur ?
1/ Présence de perturbations respiratoires ?
2/ Présence de perturbation neurologiques ?
3/ Autre maladie ?
- - La présence de perturbations respiratoires du sommeil se dépiste par les enregistrements qui peuvent mettre en évidence trois types de troubles respiratoires :
- Le ronflement simple :
Le passage de l’air au niveau de la gorge, lors des efforts inspiratoires, crée des turbulences responsables d’un bruit très gênant pour l’entourage mais qui ne constitue pas une maladie.- Le ronflement pathologique survient si le diamètre du pharynx diminue. La résistance à l’air augmente et le dormeur doit augmenter ses efforts inspiratoires, ce qui augmente encore plus les turbulences.
Ces efforts respiratoires anormaux au cours de la nuit peuvent avoir des conséquences voisines de celle des apnées du sommeil. (Cf SARVAS).
- Le "syndrome d’apnée du sommeil" (SAS) est défini depuis 1976.
L’apnée du sommeil est un arrêt plus ou moins complet de la respiration. Elles sont en général totalement imperceptibles par le dormeur.
Il s’en produit naturellement quelques-unes mais lorsque leur fréquence ou leur durée est excessive, cela peut occasionner des perturbations nocturnes et diurnes :Conséquences sur le sommeil : ronflement, salivation sueur, besoins d’uriner, soif, mouvements.
Conséquences sur la vigilance diurne (sieste). Ici, la somnolence est le résultat du fractionnement du sommeil nocturne par des centaines de micro-éveil. [1]
Conséquences sur la fatigue (mémoire, migraine matinales ?).
Conséquences métaboliques (hypertension, diabète, ...). [2]
- Le syndrome des jambes sans repos est une gène à l’endormissement qui peut induire une somnolence diurne.
Il s’agit de sensation insupportable dans les jambes que l’on rattache parfois à un déficit de la dopamine.
On peut faire le diagnostic par l’interrogatoire car la description est typique.
Voir l’article sur le "Syndrome des jambes sans repos".- Certaines secousses musculaires anormales appelées Mouvement périodique des membres au cours du sommeil" (ou PLM pour periodic limb movements) peuvent être mises en cause dans certains cas de SDE.
Voir l’article sur le "Mouvement périodique au cours du sommeil ".- - Une autre maladie ?
En dehors de ces perturbations, l’interrogatoire, l’examen clinique et un bilan biologique standard permettent de dépister les principales causes médicales qui peuvent être en cause :
- Une maladie psychiatrique.
Voir "Dépistage de la dépression" et des "Troubles phobiques".Certaines formes d’angoisses peuvent se manifester par une réaction d’hypersomnie. L’expression "se réfugier dans son sommeil" évoque cette tendance à rechercher l’oubli dans le monde ambigu du sommeil et de la "petite mort" [3].
La "Clinophilie" est une forme de pseudo hypersomnie comportementale marquée par une majoration du temps passé couché, le plus souvent sans dormir vraiment.
Cette tendance à un allongement comportemental du temps de sommeil peut conduire à l’insomnie (Cf "Vouloir dormir"(le cercle vicieux de l’insomie)
Ce désir de rester en position allongée est rattaché à certaines dépressions lorsqu’il s’associe à des perturbations significatives de l’humeur (tristesse et découragement),
Nb. La clinophilie est aussi un des symptômes majeurs du syndrome de fatigue chronique et des troubles en rapport avec la fatigue (qui ).
Lire : "le Syndrome d’hyposommeil".
Lire : "le Syndrome de fatigue chronique".- Une toxicomanie alcoolisme, cannabis, morphiniques....
- Insuffisance thyroïdienne
- Hépatites (virales ou non)
- Maladie du sommeil africaine (une parasitose transmise par la mouche TséTsé), la Trypanosomiase)
- Une autre affection générale (fièvre, douleur ...),
- Une maladie neurologique dégénérative (Alzheimer, Parkinson, prion) ou traumatique,
- Nb. Le reflux gastro-œsophagien (RGO) fait classiquement partie des causes extrinsèques de troubles du sommeil. Il faut y penser devant une somnolence liée à des malaises nocturnes à type d’acidité ou de brûlures dans la gorge parfois associées à des quintes de toux nocturnes.
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- Le besoin de sommeil est-il EXCESSIF ?
Le besoin de sommeil est-il excessif ? ("naturellement" supérieur à la normale).- Hypersomnie ? :
Ici, on ne retrouve aucune cause lésionnelle mais le besoin de sommeil s’apparente véritablement à un handicap social qui est confirmé au cours d’une nuit d’enregistrement suivie de 5 siestes dans la journée. On porte le diagnostic d’hypersomnie idiopathique, si l’architecture du sommeil de sieste ne présente pas d’anomalies.- Gros Dormeur congénital ?
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La somnolence excessive concerne les personnes qui appartiennent au groupe des "gros dormeurs", et qui ont des difficultés à vivre au même rythme que la plupart des gens.
L’interrogatoire montre que cette caractéristique somnologique est déjà présente dès le tout jeune âge. Le sujet rapporte des anecdotes de "marmotte", car il s’endormait dès que l’occasion s’en présentait.
Souvent, on retrouve la notion que, bébé, il faisait ses nuits très tôt.
Ce type de dormeur va devoir adapter sa vie sociale et professionnelle à son besoin de sommeil.
Cette caractéristique du chronotype n’est pas toujours handicapante (Cf. Le livre de Carl Honoré "In Praise of Slowness, "Un éloge de la lenteur", ou le personnage de bande dessinées Gaston Lagaffe par André Franquin ...).
Ici, le risque d’accident est moindre (qu’en cas de privation aiguë) car le sujet gros dormeur connaît et contrôle souvent assez bien son degré de somnolence.- Le sommeil est-il DÉGRADÉ ?
Le besoin de sommeil est supérieur à la normale à cause d’une maladie intrinsèque au cerveau qui perturbe les mécanismes de régulation du sommeil.La plupart des diagnostics nécessitent un enregistrement du sommeil en laboratoire, Voir l’article "Exploration complémentaire du sommeil.
- Maladie de Gélineau, Narcolepsie :
La présence d’endormissements anormaux (directement en sommeil paradoxal) au cours de la sieste est très évocateur d’une maladie de Gélineau ou Narcolepsie (avec ou sans cataplexie [4])
Les malades souffrent de chutes brutales (les accès cataplectiques), de crises de somnolence diurne et de profondes perturbations du sommeil (mouvements et rêves très vivaces).- L’utilisation de "montages" particuliers avec des capteurs (Eeg ou Emg) spécifiques et/ou la possibilité d’enregistrement vidéo (infra rouges) est parfois nécessaire pour établir certains autres diagnostics :
- Épilepsies nocturnes (voir en lien externe : ("Épilepsie et sommeil : des interactions réciproques" ; Dr Arielle Crespel, Dr Philippe Gélisse, Pr Michel Baldy‐Moulinier).
- Troubles du comportement en sommeil paradoxal ;
- Somnambulisme et autres parasomnies ;
- Agrypnie.
- Etc... (la liste n’est pas exclusive). Voir l’article Codification des pathologies du sommeil..
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Au total
- Un usage intempestif...
mais un sevrage difficile
Les principales causes de somnolence diurne excessive sont faciles à mettre en évidence par un bon interrogatoire :
- La privation volontaire de sommeil et les erreurs d’hygiène de sommeil ;
- La consommation de tranquillisants et de somnifères ;
- Le ronflement pathologique.
- Le syndrome d’impatience des jambes (ou jambes sans repos).
Dans certains cas de somnolence, seul l’enregistrement polysomnographique du sommeil permet de diagnostiquer les pathologies plus frustes ou plus complexes (PLM, SARVAS, hypersomnie, épilepsie, narcolepsie, parasomnies, etc...).
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- Trop de TV ?
P.-S.
- Quelques liens externes pour en savoir plus...
- Epidémiologie et classification générale des SDE (somnolences diurnes excssives) Alain Besset, Inserm U888, Montpellier.
- Le site de référence sur le bâillement (une affaire plus sérieuse qu’elle en a l’air...).
- La santé au volant. Un bon "Dossier Santé" des assurances AGF.
- "La somnolence au volant tue autant que l’alcool" (www.somnolence.be ; Dr Stéphane Noël, Neurologue, spécialiste du sommeil, Bertrix Belgique.)
- Pausez vous ! Campagne 2008 de la l’Association Prévention Routière et des Autoroutes de France.
- Le baillement, un signal fort Un projet de spot radiophoniques très bien faits (été 2007) mais peu entendus sur les ondes ...
Notes
[1] Parfois, le malade prend conscience de sa maladie à l’occasion d’un accident de la circulation (ou du travail) directement imputable à la somnolence.
[2] Parfois, le malade prend conscience de sa maladie à l’occasion d’un accident vasculaire (cardiaque ou cérébral) directement imputable au déficit d’oxygène.
[3] Hypnos, le dieu du sommeil est le frère de Thanathos, le dieu de la mort (Cf."Mythologie du sommeil")
[4] Les cataplexies sont des chutes ou des lâchages d’objet par abolition brutale du tonus musculaire.
NB. Le diagnostic de narcolepsie sans cataplexie est porté lorsque le dosage du liquide cérébral montre un taux d’orexine effondré ce qui témoigne de la destruction (immunologique) des cellules impliquées dans la régulation veille-sommeil. (En pratique, l’observation au cours d’un TILE, d’endormissement en sommeil paradoxal dès le début des siestes est suffisant pour poser ce diagnostic).