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Insomnies - Vouloir dormir mercredi 14 mai 2008


L’insomnie est la maladie de celui qui souffre de rester éveillé alors qu’il souhaiterait dormir.
Cette souffrance est amplifiée par la conjonction de deux facteurs :
  • d’une part, le sujet perd beaucoup de temps au lit pour rien car il estime (à tort ou à raison) devoir attendre pour que le sommeil vienne ;
  • de l’autre, il surestime fortement la longueur de cette attente, parce qu’il développe des compétences de guetteur qu’il emploie à surveiller ses éveils tout au long de la nuit (comme le ferait, par exemple, un médecin de garde).
Au final, les nuits véritablement "blanches" sont rares mais elles sont si douloureusement ressenties que le malade est prêt à tout pour s’en préserver.
En réalité, chez l’insomniaque, la quantité totale de sommeil ne descend pas souvent en dessous d’un niveau considéré comme normal pour de très courts dormeurs (3 à 5 heures par jour).
Mais, chez lui, les conditions sont réunies (Cf + bas) pour qu’il s’engage dans le cercle vicieux de l’insomnie et des somnifères.

Plan de la page :


"Ce n’est que lorsqu’on ne trouve pas le sommeil que l’on sait que la nuit est longue. Le bon dormeur n’a rien à dire sur son sommeil".

Qu’est-ce que l’insomnie ?

C’est une plainte : La personne observe qu’elle dort mal et s’en plaint.
Cependant, mal ou peu dormir ne signifie pas toujours être insomniaque : il existe de petits dormeurs et des gens qui raccourcissent sans problème leur nuit. Dans ce cas, s’il n’y a pas de plainte, ils ne sont pas insomniaques.

Un insomniaque est quelqu’un qui est soulagé quand il arrive à dormir quand d’autres ne se posent jamais la question lorsqu’ils vont au lit.

La différence est elle uniquement psychologique ?
Non, il n’y a pas de profil type de personnalité propre aux individus qui souffrent d’insomnie.
Selon certaines études, un certain nombre de caractéristiques ou de traits psychologiques semblent cependant prédisposer à la maladie :

  • L’hyperexcitabilité neuro-musculaire. Ce terme décrit un état d’agitation mentale et physique qui peut persister jour et nuit.
    L’état physiologique qui l’accompagne se manifeste par une tension musculaire, des battements rapides du cœur et une température du corps élevée.
  • La force de caractère en est une autre, elle se montre inversement proportionnelle à la qualité du sommeil.
  • La rigidité des certitudes concernant les tenants et les aboutissants de l’insomnie est également en cause dans son retentissement négatif sur la journée du lendemain :
    • une tendance à l’épuisement physique et moral ;
    • un ralentissement psychomoteur (baisse d’efficacité) ;
    • des troubles de l’attention et de la mémoire ;

    (Nb. Ces trois symptômes sont parfois préalables à l’insomnie. Le sujet essaye-t’il de dormir parce qu’il est fatigué ou est-il fatigué parce qu’il n’y arrive pas ?)
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Un problème de définition ...

Mais la plupart des maladies psychiatriques s’accompagnent de troubles importants du sommeil.

  • La dépression nerveuse (caractérisée par une tristesse et un découragement face à la vie quotidienne) est souvent mise en avant.
    La France détient à ce sujet le curieux record mondial de consommation de médicaments anti-dépresseurs. "L’Échelle de Beck de la dépression" est un outil fiable pour éliminer ce diagnostic qui semble, de nos jours, posé, selon beaucoup de spécialistes, avec un peu trop de rapidité (les larmes et l’insomnie ne sont pas nécessairement des signes de dépression ...).
  • Les "Troubles Phobiques" (Cf l’article) sont des névroses (des difficultés à vivre) caractérisées par des peurs irrationnelles. On distingue parmi les Phobies les plus handicapantes :
  • La Phobie sociale (la peur des autres).
  • L’ Agoraphobie (la peur de l’isolement.
    Le sentiment d’insécurité du sujet qui vit en ayant "peur d’avoir peur" est extrèmement "somnotoxique". L’insomnie est parfois révélatrice de ces pathologies qui passent souvent inaperçues par l’entourage mais que peuvent bien mettre en évidence certains questionnaires standardisés.

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Les différentes formes d’insomnie ...

Insomnie initiale ? ... de maintien ? ... ou terminale ?

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    Insomnie du soir


  • L’insomnie initiale : Les difficultés d’endormissement au coucher.

    Déjà une heure du matin, pourtant Mathéo s’est couché tôt
    Cela fait trois heures qu’il essaie de dormir.
    D’habitude, il met longtemps à s’endormir mais il reste au lit car il pense que ça le reposera toujours un peu.
    Il a bu une tisane pour dormir avec quelques cachets de médecine à base de plantes, essayé de faire le vide, de compter les moutons, de se concentrer sur sa respiration, ... en vain.
    Il a entendu tous les bruits du quartier, l’horloge du voisin, le bruit du réfrigérateur, le tic tac du réveil.
    Aucune technique ne semble pouvoir le débarrasser des idées qui tournent sans cesse dans sa tête. Au contraire, il devient de plus en plus éveillé et anxieux, tournant et retournant dans son lit, à la recherche d’une position confortable propice au sommeil.
    Deux heures ... trois heures ... il calcule combien de temps il lui reste avant de devoir se lever pour aller travailler. Quand le réveil sonne au petit matin, il se sent totalement épuisé et se lève avec l’impression qu’il n’a pas fermé l’œil.
    Les jours de congés, il profite de ce sommeil du matin qui lui permet de récupérer mais ... depuis quelques temps ... il n’arrive pas toujours à dormir !
    Par moment Mathéo se demande s’il va devenir fou.

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    La nuit "blanche"

  • L’insomnie de maintien : les réveils multiples la nuit.

    La nuit, Ferdinand perd tout son temps.
    Le soir, il se couche épuisé dès qu’il peut et s’endort en cinq minutes mais, sans aucune raison apparente, se réveille presque toutes les heures.
    - Quelquefois, il arrive à se rendormir, il fait très attention à ne pas trop bouger pour ne pas se réveiller complètement.
    - Parfois, il éprouve beaucoup de difficulté à se rendormir mais il préfère rester au lit. Il jette un oeil sur le réveil, une fois, dix fois ...
    - Rarement, il se lève, passe une partie de la nuit debout mais il s’énerve à penser à combien il sera épuisé dans la journée. Il se met en colère contre lui-même et se demande ce qu’il fait debout alors que tout le monde dort. Il finit par se recoucher vers cinq ou six heures du matin et, quand le réveil se fait entendre, il doit faire un effort surhumain pour sortir du lit.
    C’est décidé, demain Ferdinand ira en parler à son médecin ...

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    Insomnie du matin

  • L’insomnie terminale : réveil trop tôt le matin.

    Tous les matins, Mireille se réveille, sans pouvoir se rendormir.
    Elle s’endort le soir en général facilement (des fois, elle prend un petit comprimé) mais ne dort jamais plus de cinq ou six heures.
    Au petit matin, elle entend les bruits de la rue, elle va aux toilettes, retourne se coucher, espérant se rendormir avant que le réveil ne sonne pour aller travailler.
    Mireille panique, ses pensées sont pessimistes, elle n’arrivera pas à tenir longtemps comme cela, mais comment faire, avec la maison, les enfants, les courses ...
    Elle rêve, elle pense, elle ne sait plus, mais son esprit est tracassé tout ce temps-là. Quand le réveil sonne, elle pense qu’elle ne dormait pas, elle se sent fourbue, lourde et raide et plus fatiguée que la veille pour commencer la journée.
    Sa voisine lui a dit qu’elle faisait une dépression et d’en parler à son médecin ...


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Au final, êtes-vous comme Mathéo, Ferdinand ou Mireille ou bien un peu les trois ?

En fait, il n’y a pas de définition unique de l’insomnie. Il existe beaucoup de différences individuelles dans les besoins de sommeil de chacun. Certains très courts dormeurs consultent parce qu’ils ne supportent pas de dormir moins que leur conjoint... alors qu’ils ne présentent aucun trouble (ni somnolence ni troubles fonctionnels). (Les vrais problèmes apparaissent en cas d’utilisation intempestive de somnifères !).

L’insomnie résulte du décalage entre le vécu du sommeil (délai d’endormissement, continuité et durée) et les attentes en terme de satisfaction et d’efficacité (sensation de repos, performance et vigilance dans la journée).

L’expérience de tout un chacun est qu’une « mauvaise nuit » se traduit souvent par une journée maussade avec des problèmes de mémoire et de concentration.
Le patient insomniaque vit dans la terreur de renouveler cette expérience.
Il s’agit là du point de départ d’un véritable cercle vicieux où la crainte de mal dormir se justifie par la certitude que la journée sera gâchée.
L’insomnie est une expérience subjective et cette perception subjective du sommeil ne correspond pas toujours au sommeil physiologique réel, tel que mesuré par l’enregistrement électro-encéphalographique.
On constate, par exemple, que les insomniaques ont tendance à surestimer le temps qu’ils mettent à s’endormir et à sous-estimer leur durée totale de sommeil. Lorsqu’on les réveille en stade I ou II (c’est-à-dire sommeil léger), ils affirment souvent qu’ils étaient éveillés alors que les bons dormeurs sont plus susceptibles de dire qu’ils dormaient.

Deux types d’insomnie ?

On a pris l’habitude de distinguer deux types d’insomnie. En réalité, il est rare que l’insomnie dépende d’un facteur unique. Elle est la résultante de plusieurs composantes (événementielles, comportementales, cognitives, psychologiques) qui retentissent sur la physiologie de la personne par des phénomènes d’activation, d’excitation, incompatibles avec un bon sommeil.

  • L’insomnie occasionnelle : transitoire, à court terme.
  • L’insomnie chronique : sa durée peut aller de quelques mois à plusieurs années, et son origine peut être liée à l’organisme même de la personne, ou à des facteurs extérieurs (environnement...). Souvent, elle résulte d’une mauvaise prise en charge (somnifères +++) de l’insomnie occasionnelle dont la tendance naturelle est à l’aggravation (du fait même des changements cognitifs qui s’opèrent dès la première tisane utilisée comme aide au sommeil ...)

NB. Beaucoup d’insomnies de l’adulte trouvent une origine dès l’enfance, lorsque le petit s’habitue à devoir attendre et espérer le sommeil alors qu’on l’a couché "pour qu’il dorme" à contre-temps.
Cette défiance et cette incompétence à trouver le sommeil pourra se révèler des années plus tard à l’occasion d’une situation où le sujet pensera qu’il est capital pour lui d’arriver à dormir. Le somnifère apparaît alors comme une véritable bouée de sauvetage.
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Comment une insomnie occasionnelle devient-elle chronique ?

Qui souffre d’insomnie ?

Les sondages montrent que :

  • plus d’un adulte sur trois souffre d’une insomnie,
  • 27% de la population générale se plaint d’une insomnie occasionnelle,
  • 10% de la population souffre d’insomnie chronique.
NB : ces chiffres sont bien supérieurs à ceux que donnent les enquêtes dans les cabinets. De nombreux insomniaques choisissent de ne pas aborder la question avec leur médecin... (peur du somnifère ou sensation de réponse inadéquate ?)

Il existe plusieurs sources de perturbation du sommeil : psychiatriques, médicales, pharmacologiques, environnementales... Certaines personnes sont plus vulnérables que d’autres, mais pratiquement tout le monde peut développer des troubles du sommeil en présence de certains événements de vie stressants par exemple.
C’est l’insomnie occasionnelle ou réactionnelle. Une telle insomnie est en général limitée dans le temps mais la douleur morale qui y est associée laisse au sujet, qui espère au contraire dormir pour oublier ses soucis, le souvenir cuisant d’une véritable "nuit blanche".
Le réveil est teinté d’idées noires mais les performance diurnes du sujet ne sont pas objectivement affectées.

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Pas sommeil
Il est même probable que cette forme d’insomnie dite physiologique soit une réaction de défense bénéfique en situation stressante.
On peut imaginer que cette réaction d’éveil en situation de danger ait contribué à protéger l’espèce humaine par le passé.
Cette excitation, aux conséquences si néfastes sur le sommeil, pourrait, au départ, contribuer à augmenter les performances dans la journée et, la nuit, offrir un temps de réflexion qu’un état de somnolence ne permettrait pas.


Toutefois, chez bon nombre de personnes, les troubles persistent. C’est ici que les facteurs "psychologiques" jouent un rôle majeur dans le développement de l’insomnie qui devient, peu à peu, chronique. Le terme de facteurs psychologiques désigne dans ce cadre-là des comportements, des attitudes, des croyances concernant le sommeil.
Certaines de ces réactions conditionnées sont incompatibles avec un bon sommeil et entretiennent le trouble. Ce type d’insomnie est qualifiée par les anglo-saxons de "learned insomnia" : insomnie "apprise".

Selon notre expérience, ces situations d’insomnie physiologique révèlent une perte de confiance préexistante et souvent acquise depuis la petite enfance vis à vis du sommeil.
L’enfance est une période de grande vulnérabilité (imaginaire débridé) où les erreurs parentales conduisent rapidement à la crainte du sommeil. Les enfants courts dormeurs sont tout particulièrement exposés à l’insomnie parce qu’ils s’habituent très jeunes à attendre le sommeil. Cf. sommeil de l’enfant.

Il existe donc :

  • des facteurs génétiques prédisposant à l’insomnie (court-long dormeur, matinalité-vespéralité). Cf questionnaires de typologie du sommeil
  • des facteurs environnementaux et sociaux précipitant l’insomnie : un stress, un décès, une maladie, des problèmes familiaux ou professionnels... (Cf "événements de vie").


  • des facteurs perpétuants comme les attitudes ou les croyances à l’égard du sommeil.
    • un temps excessif passé au lit à attendre ;
    • des horaires irréguliers du réveil le week-end ;
    • des siestes pendant la journée etc...
    • ou penser que l’on a besoin de huit heures de sommeil pour bien fonctionner le lendemain ;
    • le plus fréquent étant de considérer l’insomnie comme la cause de tous les maux.
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L’insomnie (ou la fatigue) coûte cher ...


Outre ces fausses attributions et ces "pensées" irrationnelles, un autre facteur entre en jeu dans la constitution d’une insomnie chronique : c’est l’activation physiologique des systèmes d’éveil :

  • activation des pensées et/ou des inquiétudes,
  • activation physiologique : liée aux tensions musculaires, au réchauffement du corps, aux modifications du rythme cardiaque, et au travail cérébral.
  • renforcement des croyances.
  • comportements contre-performants ...

C’est le cercle vicieux de l’insomnie :

La réaction en chaîne, la cascade qui entretient et aggrave peu à peu l’insomnie :


  • alimentation des croyances :
    • inquiétudes concernant la perte de sommeil ("je ne dormirai plus jamais")
    • ruminations à propos des conséquences ("je vais tout rater demain, ou devenir fou")
    • attentes irréalistes ("ça ira si je dors 9 h")
    • fausses attributions /amplification : ("si je n’avais pas de soucis, je dormirais")/("je n’ai pas fermé l’œil de la nuit")


  • conséquences comportementales :
    • temps excessif passé au lit ("j’attends sans bouger")
    • horaires de sommeil irréguliers (le dimanche matin je récupère jusqu’à 10 h)
    • siestes dans la journée ("je me repose mais je ne dors pas")
    • activités incompatibles avec le sommeil ("je choisis le programme de télévision le plus ennuyeux car ça m’endort")


  • activation/hyper-excitation :
    • réaction d’éveil proportionnelle aux efforts pour contrôler le phénomène.
    • excitation cognitive : emballement des pensées négatives qui "tournent en boucle"
    • excitation physiologique : augmentation de la chaleur corporelle liée aux tensions musculaires, aux modifications de la tension et du rythme cardiaque, à l’hyperactivité du cerveau.


  • perturbations :
    • émotionnelles : l’humeur est perturbée (angoisse, colère, désespoir), un malaise social peut s’installer ;
    • cognitives : fatigue intellectuelle, les performances baissent ;
    • physiologiques : la fatigue s’installe avec ses composantes fonctionnelles (cf. syndrome d’hyposommeil).
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cercle vicieux Cognitivo-comportemental

et ...

  • insomnie par anxiété de performance générée par l’échec des tentatives de contrôle du sommeil et qui va entretenir l’insomnie dans le temps.
    (L’anxiété est un sentiment extrêmement éveillant). : Essayer de dormir quand on n’y est pas disposé est un calvaire.

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    Comment gérer le problème ?

    Voir ici la suite de l’article "Vouloir Dormir : L’insomnie"

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    Smg vous propose un questionnaire de dépistage interactif d’un trouble du sommeil : "cliquez les propositions pour lesquelles vous vous sentez concerné" ... ... "vos réponses sont compatibles avec le ou les problèmes suivants" ... "vous devriez évoquer ces questions avec votre médecin".


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    Merci  à  Karine Roumache et Victoire Bancelin Selinsky pour les traductions