
Selon notre expérience, de nombreux troubles fonctionnels intéressant le système locomoteur sont de nature "neurodystonique". Ces symptômes sont révélateurs d’un "syndrome d’hyposommeil" qui nécessite, avant toute autre considération, une prise en charge de la fatigue sous-jacente.
La fatigue se manifeste par une anomalie du seuil de la douleur accompagnée et/ou provoquée par une contracture musculaire anormale.
Ces dérèglements du système nerveux automatique traduisent, selon nous, un trouble de la régulation du sommeil.
Lorsque la cause persiste, une nouvelle douleur de manifeste à nouveau.
Le caractère volontiers "Migrant" de ces douleurs est un argument en faveur d’un syndrome d’hyposommeil. En effet, sauf en cas de maladies inflammatoires diffuses (dont le diagnostic biologique est simple), une douleur lésionnelle ne se déplace pas, contrairement aux douleurs "fonctionnelles", parfois qualifiées de "psychogènes" que l’on rencontre dans les situations de fatigue.
Nous employons le néologisme "hyposommeil" (Cf.) pour définir le sommeil inefficace qui résulte de la mise en jeu des systèmes de résistance (aggravé par un allongement du temps de sommeil et une désynchronisation interne).
les "TMS" (Troubles Musculo- Squelettiques) présentent les quatre caractéristiques des troubles fonctionnels qui surviennent dans un contexte de fatigue : ils sont inquiétants, handicapants, capricieux et au final ... totalement bénins (ils disparaissent souvent sans séquelles).
Malgré des épisodes d’impotence parfois sévères, ces douleurs finissent (sauf facteur aggravant, Cf plus bas), par s’amender naturellement et spontanément.
Qui n’a pas eu un torticolis ou une tendinite au cours de sa vie ?
Le temps est, ici plus qu’ailleurs, le meilleur des médecins et le succès de la plupart des "remèdes" employés dans ce contexte relève plus de "la main qui le prescrit" que de l’efficacité (ou de la dilution... ) du produit actif qu’ils contiennent.
La fatigue est le point commun à tous les symptômes en rapport avec un sommeil inefficace.
Les situations expérimentales qui reproduisent un déphasage chronobiologique entraînent l’apparition de douleurs similaires associées à une plainte de fatigue.
On a utilisé le terme de fibromyalgie expérimentale.
Il existe de nombreuses situations qui conduisent à un tableau similaire : travail de nuit, voyage en avion, anesthésie générale, repos forcé ou abus de somnifères ...
La dépression et les états pré-dépressifs, s’accompagnent également de fatigue et d’une diminution de l’activité physique qui conduit souvent à des douleurs ou à des troubles fonctionnels multiples.
En pratique, l’apparition de douleurs de ce type, doit faire évoquer la possibilité d’un surmenage professionnel (ou "burnout").
On parle beaucoup et avec justesse de l’effet nocif pour la santé de l’excès de "stress au travail" ...
Ces considérations ne prennent pas en compte les autres causes de désynchronisation interne (comme le chômage, la retraite, la maladie, ou le surmenage de la mère de famille par exemple).
Ce type de fatigue peut tout autant se manifester par des douleurs et évoluer vers la décompensation en syndrome de fatigue chronique ou en dépression.
Pourtant, selon notre point de vue, il serait réducteur de mettre uniquement l’accent sur le contexte psychologique (le "stress") qui sont, aux début, les seuls éléments visibles.
Une meilleure prise en compte des connaissances en chronobiologie nous semble fondamentale dans la prise en charge précoce de ces tableaux.
Cf. "Burnout et Karouchi"".

Il est démontré que la réduction des facteurs favorisant l’éveil, abaissent encore plus le seuil douloureux général de l’organisme.
Il y a donc un cercle vicieux entre la fatigue et la douleur.
La gestion maladroite de ces symptômes présente donc des risques d’aggravation et de passage à des formes plus invalidantes comme la fibromyalgie.
Cf. "fibromyalgie".

Principaux points anormalement douloureux à la pression
Une prise en charge contre-performante
La prise en charge "conventionnelle" de ces douleurs cumule souvent plusieurs effets extrêmement contre-performants sur un plan chronobiologique :
- Les interruptions d’activité liées aux arrêts de travail, dans ce contexte douloureux, ne peuvent que contribuer à retarder l’heure du lever matinal.
- Les sorties (malheureusement) souvent "interdites" (là où elles devraient être, non seulement libres, mais même obligatoires !). Ce maintien forcé à domicile effondre l’effet "somnicaments" de l’entraînement social et de la lumière.
-
Cf. "Somnicaments".
Complications iatrogéniques :
- Les risques indésirables d’une approche chirurgicale intempestive des troubles fonctionnels ne devraient pas faire l’objet d’un paragraphe dans cet article...
L’abondance des moyens d’exploration modernes permet d’éviter les complications post-opératoires que l’on observait à la "grande époque" des traitements chirurgicaux des douleurs invalidantes.
On n’opère plus toutes les hernies discales de nos jours ; comme on le voyait il y a 20 ans. (Voir, en bas de page le point de vue du Pr Hamonet).
- Risque iatrogène des médicaments :
En dehors de traitement spécifique (orthopédique, kiné ...) les douleurs musculaires ou tendineuses font l’objet d’un traitement (trop) bien codifié (antalgique, anti inflammatoires, protecteur gastrique et ... sédatif benzodiazépinique ...) mais dans un certain nombre de cas ce traitement classique s’avère décevant.
On utilise des antalgiques (médicaments contre la douleur), mais leur efficacité est souvent modérée (de par le fait qu’il n’y a pas de véritable lésion).
On y associe un anti-inflammatoire malgré l’absence des signes objectifs caractéristiques de l’inflammation (ce qui explique leur inefficacité). Ces produits sont agressifs pour l’estomac et présentent des risques importants d’intolérance digestive. Il est donc habituel de les assortir d’un traitement préventif de l’ulcère (assez coûteux ...).
En pratique, ce sont souvent les benzodiazépines qui représentent "l’arme absolue" pour venir à bout des douleurs rhumatismales fonctionnelles.
l’ensemble de cette classe pharmacologique possède un effet myorelaxant très puissant. Cet effet (qui relâche le tonus musculaire) est remarquablement efficace (à lui tout seul) dans la plupart des rhumatismes fonctionnels (mais également en traumatologie parce que la douleur entraîne toujours une contracture réflexe).
Selon nous, ils exercent également un effet masquant sur les symptômes en rapport avec la fatigue mais contribuent ainsi à affaiblir les défenses de l’individu.
De plus, leur impact délétère sur la vigilance ou la mémoire est trop souvent passé sous silence.

Adaptation Prof.Dr.Roland Sedivy (http://homepage.univie.ac.at/roland.sedivy/Immunologie/index.html)
Nb : L’inflammation en médecine est depuis 20 siècles, définie par les quatre points cardinaux du "quadrilatère de Celse" :
Calor
Dolor
Rubor
Tumor
.... auquel on a rajouté par la suite Functio lesae" (Perte de fonction).
Un rhumatisme est "inflammatoire" lorsqu’on objective une région trop chaude, trop rouge et anormalement enflée et douloureuse.
Les TMS ne sont caractérisés que par la douleur et l’impotence mais les autres points sont absents, ce qui explique l’inefficacité des médicaments "classiques".
Une molécule benzodiazépinique, le Tétrazépam, est ainsi le traitement le plus prescrit dans la plupart des douleurs du rachis (torticolis, lumbago). (on pourrait même dire que les autres médicaments ne font alors que de la figuration sur l’ordonnance, pour ne pas donner au patient l’impression que l’on ne le prendrait pas au sérieux).
Ces médicaments sont des armes à double tranchant...).
Les benzodiazépines sont très efficaces... (leur utilisation en cas d’impotence sévère est même selon nous, tout à fait licite).
MAIS ....
La prise de sédatifs (benzodiazépiniques ou autres) à visée "myorelaxante" (pour relâcher les muscles) et/ou "anxiolytique" (pour calmer le malade - qui se sent, en effet, très "tendu et dépressif"- ) exerce un triple effet somno-toxique.
- leur effet résiduel est un puissant "anti-éveil" qui contribue à la réduction de l’activité dans la journée.
- Cette "sédation iatrogènique" favorise la pratique de la sieste qui, dans ce contexte (où il n’y a pas de dette de sommeil) est extrêmement néfaste pour le sommeil de nuit.
- L’utilisation, même brève, de sédatifs entraîne toujours un rebond d’insomnie et d’anxiété quelques jours après leur interruption. Cet effet est clairement mentionné dans les mises en gardes attachées à l’utilisation de ces produits mais beaucoup de prescripteurs ne les prennent pas assez en considération.
Cf.
"Sieste, Mode d’emploi".

"Trop de sommeil fatigue"
À terme, la fatigue et l’insomnie marquent le stade de la décompensation "psycho-pathologique" et orientent le diagnostic sur une dépression nerveuse masquée qui donnera lieu à la prescription (parfois intempestive) d’un neurotrope antidépresseur.
Ainsi, nous pensons que les TSM sont des signes précoces de déséquilibre des horloges qui garantissent l’efficacité du sommeil.
Il y a donc un cercle vicieux entre la fatigue et la douleur qui, en l’absence d’une prise en charge spécifique peut conduire à l’insomnie.
Le traitement intempestif de cette insomnie par des somnifères présente le risque de faire basculer le sujet vers une authentique dépression.
Cf. "Prise en charge intégrée de la dépression".
Le site "Sommeil et médecine générale" a pour vocation de mettre en évidence cette tragique faillite de la médecine contemporaine qui ne prend pas assez en compte les notions de chronobiologie et de sommeil vis-à-vis des troubles fonctionnels "médicalement inexpliqués".
En illustration de ce qui précède on peut prendre le temps de lire le message suivant (en lien externe) sur un forum de Maladies rares et orphelines : "Atteint de le Syndrome d’Alcock depuis 7 ans, je suis dans le désarroi ...." .
Voir les articles connexes sur le site :