Car dormir ne s’oppose qu’à la somnolence... et le proverbe dit : "trop de sommeil fatigue !"
L’appellation "Syndrome d’hyposommeil" est un néologisme destiné à placer le sommeil au centre des pathologies qualifiées de fonctionnelles ou de psychosomatiques.
Il vise à redéfinir les troubles associés à la fatigue et susceptibles d’apparaître à l’occasion d’un déficit
d’efficacité du sommeil.
Selon notre hypothèse, ces troubles ont donc valeur de signal d’alarme et apparaissent au stade où le sujet (qui résiste à la fatigue) dépasse ses limites.
Ces alarmes s’expriment à travers quatre grands tableaux que l’on situe souvent "à la frontière entre les maladies physiologiques et psychologiques" : spasmophilie, troubles fonctionnels, fibromyalgie et fatigue chronique.
Ces maladies partagent des
caractéristiques cliniques communes et surviennent toutes dans un contexte de sommeil "non réparateur".
Les horaires imposés, la privation de sommeil (cf. Savoir dormir) ou plus largement le stress lié aux événements de vie se traduisent chez l’humain (comme chez tout animal) par une baisse de l’efficacité du sommeil (qui s’allège et se fractionne), parfois masquée par un rallongement du temps de sommeil total.
Chez certains individus présentant un terrain déjà fragile, ces mécanismes régulateurs peuvent décompenser.
Tout se passe comme si l’organisme, à travers une multitude de symptômes de plus en plus handicapant, traduisait une carence qualitative du sommeil.
(Cf l’article : "Système d’alarmes").
Dans notre expérience, ce "syndrome d’hyposommeil" évolue selon une succession d’étapes cliniques très polymorphes qui constituent les différent tableaux suivants.
Les quatre tableaux cliniques du déficit d’efficacité du sommeil :
le "syndrome d’hyposommeil" :
- 1°/ La « crise de spasmophilie » ou attaque de panique
Une crise où la peur submerge l’individu au point qu’il a l’impression d’être véritablement en danger.
C’est une sensation brutale qu’un organe vital est défaillant (le cœur, le cerveau, le poumon ...) et qu’il faut appeler des secours.
À ce stade, le sommeil n’est apparemment pas perturbé. Le malade affirme qu’il "dort bien", mais il n’est pas rare de découvrir (à l’interrogatoire) certaines modifications comportementales (siestes prolongées, sommeil déphasé), ou une apparente hypersomnie récente.
- 2°/ Les troubles fonctionnels ou neurodystonies.
Ce sont des signaux douloureux ou inquiétants qui peuvent provenir de n’importe quelle partie du corps et de n’importe quel appareil.
L’adjectif fonctionnel sous entend qu’il n’y a pas de lésion identifiée (dans le cas contraire, on parlerait de troubles organiques).
Par exemple : les "lombalgies communes", le "syndrome d’intestin irritable", de "vessie instable", la migraine, les "précordialgies atypiques" les "vertiges de Ménières", ..., sont des troubles fonctionnels.
En apparence le sommeil n’est pas perturbé mais souvent, le sujet reconnait être plus fatigué, se coucher plus tôt et dormir davantage que d’ordinaire.
- 3°/ La fibromyalgie.
Ce diagnostic est évoquée lorsque les douleurs prédominent sur un mode invalidant. Le malade se réveille fourbu et utilise toute son énergie pour effectuer les gestes de la vie courante. Il se repose dès qu’il le peut.
Au tout début, le sommeil n’est apparemment pas perturbé mais, au stade (souvent tardif) du diagnostic, le malade consomme généralement déjà plusieurs sédatifs.
- 4°/ Le syndrome de fatigue chronique.
Le diagnostic est suggéré si la fatigue passe au premier plan. Présente dès le réveil, elle entraîne une diminution objective de 50% de l’activité depuis plus de six mois.
Les premières descriptions de cette curieuse "épidémie" mettaient l’accent sur le caractère brutal de l’incapacité survenant chez des sujets très dynamiques jusque là : les "Yuppies" (jeunes cadres urbains).
Ce tableau, qui fit rechercher sans succès une origine virale, est proche de la conception américaine, japonaise ou antillaise du surmenage. ("burnout", "Karoushi", ou "Blesse").
En apparence le sommeil n’est pas perturbé, le malade pense souvent même être un "gros dormeur".

"Comment vous sentez-vous au moment de vous lever le matin ?"
En apparence ... ? En apparence ...seulement !
La question "dormez-vous bien ?" formulée en ces termes, induit souvent une réponse inexacte :
En apparence le sommeil n’est pas perturbé mais lorsqu’on interroge mieux le malade, on s’aperçoit qu’en réalité, le sommeil est jugé "non réparateur" depuis souvent très longtemps sans qu’il ne semble utile d’en parler.
- d’une part, le sujet redoute (souvent par expérience) le somnifère qu’une réponse négative pourrait induire (les méfaits des somnifères sont parfois mieux connus des patients que des prescripteurs).
- d’autre part, il n’a pas toujours l’impression de mal dormir car, au début, il se couche fatigué et dort beaucoup.
Cela revient à interroger un sujet mal nourri sur son appétit ! ...
Nb La formulation adéquate doit être : "comment vous sentez-vous au moment de vous lever le matin ?"
Certaines questions mettent en évidence les signes caractéristiques d’un sommeil inefficace :
- difficulté à se lever le matin malgré un sommeil normal ;
- éveil spontané trop tôt le matin avec sensation de devoir dormir encore ;
- prolongation du sommeil
- - le matin (lorsque c’est possible)
- - par des tentatives de siestes
- - en se couchant tôt ;
- besoin de se reposer dans la journée surtout vers 18-20h (un moment du nycthémère où l’organisme est normalement au mieux de sa forme physique et psychique. Cf. régulation du rythme veille/sommeil) ;
- réduction des activités physiques, arrêt du sport depuis au moins trois semaines ;
- besoin de boire au cours de la nuit (présence systématique d’une carafe près du lit) ;
- nécessité d’aller uriner au cours de la nuit (régulièrement plus d’une fois) ;
- sueurs au cours de la nuit (changement de pyjama) ;
- présence (quasi constante) de plusieurs autre troubles fonctionnels associés (pour lesquels le sujet détient souvent déjà une explication) : "fragilité" du dos, du nez, de la gorge, des oreilles, de l’intestin, de la tension, de la glycémie ...
- présence (très fréquente) d’antécédents médicaux aigus résolus spontanément sans explication véritablement acceptable malgré un contexte d’urgence proche de la panique. (spasmophilie ? ...).
- Les malades se sentent souvent incompris du corps médical.
Ces troubles sont souvent discrets au début mais, à l’interrogatoire, le sujet reconnaît leur présence anormale depuis au moins quelques semaines et leur concomitance avec la sensation de fatigue.
Ils surviennent souvent dans un contexte d’événements de vie difficiles et qui passent au premier plan :
Le malade pense qu’il réagit à un stress alors qu’il subit les conséquences d’un trouble de ses horloges internes.
Nb : Lorsque la sensation de fatigue s’accompagne d’une somnolence authentique, il faut envisager un examen du sommeil avec enregistrement de la respiration nocturne à la recherche d’un ronflement pathologique.
La somnolence diurne excessive se traduit par une tendance à l’endormissement avec un score supérieur à 12 sur les échelles d’évaluation.
Questionnaires d’évaluations de la somnolence en téléchargement format Pdf.
Échelle de somnolence d’Epworth ;
Échelle de Somnol-enfance-smg°.
Lire l’article "Fatigue ou somnolence ?".
Vrais Faux-malades ou Faux Vrais-malades ?
Compte tenu de la normalité des explorations complémentaires, et en l’absence d’une prise en compte de leur sommeil, ces authentiques malades deviennent, aux yeux du corps médical, des "faux malades", des "malades imaginaires", "hypocondriaques", "anxieux" voire "dépressifs".
C’est probablement une cause de surestimation des dépressions en France (pays très consommateur de la "pilule du bonheur").
Nous les appellerons ici :"Vrais Faux-Malades".
À force d’être incompris par le corps médical, le malade se tourne souvent, par dépit, vers les pratiques alternatives illusoires. Compte tenu de l’évolution naturellement fluctuante de ces symptômes, le sujet a parfois l’impression d’y trouver une réponse.
Le pouvoir addictif des sédatifs (difficiles à sevrer) est tel qu’on les retrouve souvent en "complément" ou "à la demande" au sein d’un traitement par ailleurs "100% naturel".
À terme, la cause persiste et le sujet reste malade mais il lui devient impossible d’exercer son sens critique et de faire la part des choses entre ses traitement allopathiques et ses croyances alternatives.

Dialogue de sourds ou langue de bois

La force de la relation médecin-malade
Souvent, à l’inverse, la multiplication des examens complémentaires et des avis spécialisés conduit à la découverte fortuite d’une anomalie objective.
Cet élément devient le point de départ d’une réflexion destinée à poser un diagnostic qui donne un sens à la plainte du patient.
Cette "maladie" qui satisfait enfin au besoin de reconnaissance du malade (et du médecin) va mobiliser tous les soins malgré le fait que le trouble initial persiste.
Ce sont les "Faux Vrais-Malades" qui acceptent leur maladie en consommant de nombreux remèdes (allopathiques ou homéopathique - c’est égal-). Mais la sensation de fatigue persiste et l’apparition d’un nouveau signal d’alarme (inquiétant et handicapant) donne lieu à un nouveau "parcours de santé".
La fatigue est donc une pathologie fortement "iatrogénique" : qui induit des complications en rapport avec les soins. (Voir le glossaire du site).
Le biais introduit par une réflexion médicale trop hippocratique ("un symptôme égale une lésion") ne prend pas assez en compte la notion d’efficacité du sommeil.
Il est responsable d’une escalade thérapeutique qui s’accompagne d’un gros risque de complications médicamenteuses ou chirurgicales.
(Le parcours médical de ces patients qui cumulent ainsi,en apparence, de très nombreuses pathologies est émaillé d’intolérances, d’allergie ou d’accidents liés à des erreurs de diagnostique).
Le"principe de précaution et d’obligation de moyens" appliqué à la fatigue suscite des dépenses de santé considérables en pure perte (On a estimé que la fatigue coûtait de 100 à 400 euros par mois).
Une autre conséquence de ce biais est une dérive vers les médecines dites alternatives qui (de fait) séduisent par leur innocuité.
Une meilleure reconnaissance du "syndrome d’hyposommeil" permettrait de mieux appréhender la plupart des symptômes encore qualifiés de « psychosomatiques », comme des manifestations d’un trouble du sommeil. Nous proposons ici d’utiliser l’adjectif « sommeillo-somatique ».
Lire l’article "Néologismes pour le site".
Pour un problème de migraine, par exemple, il nous apparaît plus pragmatique de centrer la réflexion sur le sommeil du patient plutôt que de lui faire renouveler des explorations complémentaires à la recherche d’une tumeur improbable, ou (pire), de lui proposer un "tranquillisant" pour l’aider à supporter le fameux ’stress’...
Dans notre expérience, la prise de conscience du rôle central du sommeil dans la genèse de ces maladie permet au contraire, au sujet de devenir l’acteur de sa guérison.
Une parfaite connaissance des règles d’hygiène du sommeil est indispensable à la prise en charge de ces troubles.